Rider-Waite Smith Tarot

Tarot de Marseille et Rider-Waite Smith Tarot

Tarot de Marseille et Rider-Waite Smith Tarot: comment différencier ces deux traditions divinatoires

Par Le 31/12/2014

On imagine souvent que l’expression « tarot divinatoire » ou le terme « tarot » sont des abréviations désignant le tarot de Marseille. Pourtant, il n’en est rien. Il existe en réalité plusieurs traditions de tarots divinatoires, mais celles-ci sont souvent peu distinguées les unes des autres en France, où l’on tend à oublier que le substantif « tarot » désigne l’outil utilisé en tant qu’objet (type de support divinatoire) tandis que les qualificatifs qui l’accompagnent identifient la tradition à laquelle celui-ci est rattaché (de Marseille, Rider-Waite Smith, etc.).

Coffret

Rachel Pollack, le "tarot de Marseille"... et les éditions Trédaniel!

Par Le 13/01/2014

Article rédigé par mes soins. Reproduction interdite.

 

CoffretCet article n'est pas une présentation de jeu, pas plus qu'il ne salue l'initiative d'une maison d'édition, bien au contraire. Mieux vaut prévenir d'emblée : il s'agit d'une mise en garde. Lecteurs, attendez-vous donc dans les lignes qui suivent à trouver ma (très) mauvaise humeur, qui se traduit parfois par un discours cinglant. Vous voilà prévenus !

Je tiens à attirer ici l'attention sur la parution d'un coffret (cartes + livre) tout à fait honteux, tant le travail de l'éditeur relève de l'amateurisme. L'autre jour, une amie m'a signalé avoir vu dans la boutique de l'éditeur un coffret pour le moins incohérent. Voulant en savoir plus et pourquoi pas avoir accès au contenu de la chose, je me rendis à mon tour là-bas, et quelle ne fut pas mon incompréhension lorsque je découvris que la chose défie l'entendement et le bon sens le plus élémentaire !

En effet, la maison d'édition Trédaniel vient de sortir (chez eux, car d'après Amazon la parution de la chose est prévue pour mai 2014) un coffret, très joli esthétiquement parlant, intitulé Le Tarot de Marseille. La boîte contient un livre rédigé par l'admirable Rachel Pollack, internationalement reconnue dans le monde du tarot comme étant l'une des meilleures spécialistes, ainsi qu'un jeu de cartes. C'est là que la profonde déception – oserais-je dire la colère ? – intervient. Si le tout semble alléchant de prime abord, la réalité est tout autre ! Qui connaît vaguement les travaux de Rachel Pollack trouvera d'abord étrange de la voir écrire sur le tarot de Marseille, elle à qui l'on doit une belle série d'ouvrages sur... le Rider-Waite Smith tarot ! Mais nul besoin d'aller si loin dans la réflexion puisque l'habillage graphique du coffret traduit lui-même l'énorme bourde de l'éditeur : sur la boîte figurent bel et bien des cartes provenant du Rider-Waite Smith tarot, et non du tarot de Marseille comme annoncé par le titre ! D'emblée, on trompe le client sur le contenu...

Si les aberrations s'arrêtaient là, on pourrait accorder le bénéfice du doute à la maison d'édition et penser à une méprise... mais pas du tout ! Une fois le coffret ouvert (les exemplaires de démonstration sont très pratiques !), un rapide examen du jeu de cartes fourni confirme la crainte qui planait jusqu'alors : le jeu est bien le Rider-Waite Smith tarot original, mais l'édition présentée ici est la traduction d'AGMÜller qui, on le sait, est erronée ! Et encore un mauvais point pour l'éditeur ! Non seulement cette traduction – la seule existant sur le marché français – ne transcrit pas les multiples différences séparant le Waite du Marseille, mais en outre elle fait un mélange incohérent entre certaines appellations des lames : pourquoi ne pas admettre que dans le système Waite, il n'y a pas de Papesse mais une Grande Prêtresse, pas plus qu'il n'y a de Pape mais un Hiérophante, etc., d'une part, mais traduire « the Tower » (arcane XVI) par « la Tour » et ne pas aller au bout du copier-coller avec le Marseille ? Le jeu tel qu'il est publié en France, que ce soit dans ce coffret ou en dehors, n'est pas conforme à la tradition Waite, qui se démarque du tarot de Marseille par des symboles marquant une différence sans équivoque par rapport à son cousin français ! Il est tout simplement scandaleux que des éditeurs soi-disant spécialisés en ésotérismes ne tiennent pas compte de ces divergences fondamentales alors qu'ils en ont tout à fait conscience !

Quant au livre, il est lui aussi très révélateur. Loin de moi l'intention de remettre en question l'expertise de Rachel Pollack, bien au contraire. En revanche, nul besoin de s'interroger longtemps sur la méticulosité ou l'honnêteté intellectuelle de l'éditeur. L'ouvrage contenu dans le coffret est intitulé Tarot dans la version originale du coffret, publiée en allemand. La version originale du produit, elle, ne trahit ni le travail de Rachel Pollack ni la nature du jeu. L'édition française, en plus de mentir sur le contenu, porte préjudice aux écrits de l'auteur. D'abord par une traduction pauvre, qui montre de manière flagrante que l'on n'a pas pris la peine de tenir compte des particularités de la tradition ésotérique dont il est question, mais aussi en essayant de faire croire à l'acheteur que ce qu'il lit s'applique au tarot de Marseille alors qu'il n'en est rien !

Vous l'aurez compris, ce coffret – dans son édition française – n'est autre qu'un tissu d'âneries à cause de la négligence (ou du manque d'honnêteté intellectuelle ?) de l'éditeur, qui n'hésite pas à mentir sur son contenu et qui a produit un travail fort peu scrupuleux. Au risque de me répéter, je précise à nouveau que je ne remets nullement en cause le travail remarquable de Rachel Pollack. Ici, elle est plus victime qu'autre chose, d'une mauvaise utilisation de ses écrits.

Il est tout simplement honteux de trouver pareil coffret. Comme (trop) souvent, le monde de l'édition ésotérique n'hésite pas à prendre les gens pour des imbéciles qui, par crédulité, vont gober tout ce qu'on leur mettra sous la dent sans broncher, pour peu que l'emballage soit séduisant ! Pourquoi ne pas appeler un chat un chat et s'entourer de personnes compétentes, qui connaissent ces traditions, pour faire les choses bien ? Par peur que les acheteurs soient « perdus » ? À force de prendre les gens pour plus bêtes qu'ils ne sont, on finit soi-même par passer pour le fumiste que l'on croit déceler en ses cibles !

Inutile de dire que je ne recommande en rien l'achat de ce « machin », même pour quelqu'un qui souhaiterait découvrir le Waite. En effet, cela reviendrait à encourager les éditeurs à continuer dans cette voie et à récidiver ! Par ailleurs, je ne supporte pas que l'on manque ainsi de respect à un auteur fort compétente et qu'on la fasse mentir !

Lorsqu'on voit comment fonctionne l'édition spécialisée en ésotérisme en France, on ne se demande plus pourquoi les personnes vraiment intéressées par certains domaines (ré)apprennent l'anglais pour aller se fournir outre-Manche et outre-Atlantique !

 

N.B. : le visuel présenté ci-dessus est celui du coffret allemand, paru en 2011. L'éditeur français a reproduit le même objet. Seuls le titre et la langue changent.

 

 

(© Morrigann Moonshadow, le 13 janvier 2014. Reproduction partielle ou totale strictement interdite.)

The Pictorial Key to the Tarot, A.E. Waite, U.S. Games Systems, Inc.

The Pictorial Key to the Tarot, Arthur Edward Waite

Par Le 08/07/2011

Article rédigé par mes soins. Reproduction interdite.

 

Being Fragments of a Secret Tradition Under the Veil of Divination

(Arthur Edward Waite)

 

The Pictorial Key to the Tarot, A.E. Waite, Forgotten BooksIntroduction
Publié en 1911, cet ouvrage d’Arthur Edward Waite constitue aujourd’hui encore une pierre angulaire en tarologie. En effet, Waite y explique sa vision du tarot, tant sur le plan cosmologique que symbolique ou divinatoire. Il montre ainsi comment il a étudié les cartes et leur a donné le visage qu’on leur connaît aujourd’hui dans les tarots de tradition Rider-Waite Smith.

 

Le contenu
Le volume est divisé en trois parties principales. On commence assez logiquement par une présentation générale du tarot (intitulée « The Veil and its Symbols »), de sa structure et des principaux symboles qui le composent, puis on retrace son histoire en tentant de la débarrasser de certains préjugés tenaces.

La deuxième partie (« The Doctrine behind the Veil ») se concentre sur les arcanes majeurs et les détaille après en avoir au préalable montré l’essence et l’utilité. Waite explique ainsi quelles traditions occultes ont contribué à forger leur symbolisme.

La troisième et dernière partie (« The Outer Method of the Oracles ») donne une grande place aux arcanes mineurs ainsi qu’à différentes méthodes de tirage – dont la Croix Celtique – après avoir récapitulé les principales valeurs divinatoires des 78 lames.

Une bibliographie assez conséquente tient lieu de conclusion à l’ouvrage, montrant la démarche dans laquelle s’inscrit Waite : une démarche raisonnée, fondée sur des sources historiques et culturelles et sur les écrits de ses prédécesseurs, desquels il a une bonne connaissance et qu’il peut donc critiquer de manière constructive.

 

Les positions de Waite
Comme le laisse présager la structure de l’ouvrage, Waite se place à la fois en historien, en critique et en innovateur. L’historique qu’il dresse des cartes en général et du tarot en particulier vise à en éliminer les idées fausses mais tenaces propagées par ceux qui l’ont précédé. Par exemple, on doit à Court de Gébelin l’idée selon laquelle le tarot serait d’origine égyptienne, ce que réfute catégoriquement Waite, argumentant que la chose est impossible pour des raisons – entre autres – idéologiques.

Tout au long de l’ouvrage, les remarques de l’auteur se fondent sur une démarche de recherche qui remet en question un certain nombre de préjugés concernant la cartomancie. Non seulement il « dépoussière » la discipline, mais il tend à décrédibiliser certains aspects des théories et pratiques d’Etteilla (entre autres !) pour lequel il semble n’avoir pas de mots assez durs.

Le but est donc ici de proposer une approche raisonnée du tarot en laissant de côté les « délires » des occultistes du XIXème siècle qui se fondent plus sur un besoin de sensationnalisme qu’autre chose. Pour ce faire, Waite débat abondamment de la symbolique et de la signification qui ont été jusque-là attribuées aux lames majeures. Il exprime ainsi un grand nombre de désaccords.

L’un de ses principaux arguments concerne la teinte franchement catholique du tarot (type Marseille), qui selon lui est réductrice car elle empêche d’appréhender pleinement la relation du tarot au Monde. C’est pourquoi il explique avoir produit un outil areligieux (i.e. qui n’est marqué par aucune religion dominante pour mieux toutes les admettre) qui peut convenir à tous. Ainsi, certaines lames comme la Papesse et le Pape deviennent respectivement « the High Priestess » et « the Hierophant ». Les nuances évoquées par ces changements de nom apportent des modifications conséquentes quant aux archétypes incarnés par ces lames. Si la Papesse faisait directement référence à la légendaire Papesse Jeanne (existence supposée sans que tout le monde s’accorde à dire qu’elle ait été réelle), la Grande Prêtresse évoque un archétype plus général. Les deux représentent la Connaissance et les secrets bien gardés, mais ceux de la Papesse ont nécessairement une connotation religieuse (même lointaine) tandis que ceux de la Grande Prêtresse ont une portée plus universelle. La connotation religieuse domine chez la Papesse – elle vient en priorité dans les significations qui lui sont attribuées – alors qu’elle est au second plan chez la Grande Prêtresse. De la même façon, le Pape devient pour Waite l’Hiérophante. La lame V n’est alors plus un représentant religieux ou d’un quelconque devoir, ni même d’une certaine forme de hiérarchie. L’Hiérophante est bien quelqu’un qui détient un savoir, mais c’est aussi – et surtout ! – celui qui le partage, qui le transmet en l’enseignant. Il n’incarne aucune confession particulière et n’a pas nécessairement de valeur religieuse. Il est un maître, un enseignant, un guide plein de sagesse qui facilite l’apprentissage.

The Pictorial Key to the Tarot, A.E. Waite, U.S. Games Systems, Inc.L’autre désaccord majeur de Waite avec la tradition Marseille concerne l’Hermite. Dans la première partie de l’ouvrage, il consacre près de deux pages à expliquer – avec une certaine révolte – les raisons qui lui font penser que cet arcane a été jusqu’alors profondément incompris par les occultistes. Le raisonnement serait trop long à résumer ici, et y apporter des raccourcis ne ferait que le rendre simpliste, mais il est important de savoir que Waite a une vision très différente de cette lame.

Dans ses explications progressives sur la structure du tarot et sur les valeurs symboliques des arcanes majeurs, Waite revient aussi sur les vertus cardinales incarnées par certaines lames. Ce principe, trop souvent oublié dans l’apprentissage du tarot, est pourtant essentiel, car il permet de poser quelques repères indispensables par rapport à l’ordre dans lequel s’enchaînent les majeurs. Par conséquent, même si Waite n’explique jamais clairement pourquoi il a attribué la position VIII à la Force – qu’il nomme « Fortitude » – et la position XI à la Justice – « Justice » –, il est possible de trouver des réponses partielles à travers ce qu’il relate.

Il est également important d’ajouter que les opinions tranchées de Waite, que ce soit au niveau de la valeur symbolique des lames ou de leur portée divinatoire, s’appuient sur des principes ésotériques universels certes, mais aussi sur les théories développées par la Golden Dawn, dont il était membre aux côtés de personnages célèbres tels que Bram Stoker, W.B. Yeats, Aleister Crowley et bien d’autres. Par conséquent, la vision du Monde qu’il suggère à travers son tarot est imprégnée de ces philosophies.

Parmi les méthodes de tirage proposées en fin de volume, on retrouve la Croix Celtique et deux autres méthodes selon lesquelles il convient de distribuer un certain nombre de cartes en un nombre de paquets prédéfini. Si les deux dernières méthodes restent moins utilisées de nos jours en raison de leur apparente « complexité » – héritée d’Etteilla ? –, la Croix Celtique fait quant à elle partie des méthodes les plus répandues. Les grands fonctionnements en sont fixés ici, car il est important de signaler que c’est bien Waite qui popularisa se tirage. J’expliquerai dans un prochain article de quelle manière Waite recommande de s’y prendre, mais on trouve de nos jours de nombreuses variations – souvent simplifiées – de cette méthode. Par curiosité, si vous ouvrez un livret accompagnateur au hasard, vous avez de grandes chances d’y trouver la Croix Celtique.

 

En conclusion
Il s’agit là d’un ouvrage dont la lecture me semble indispensable si l’on désire appréhender n’importe quel tarot de tradition Rider-Waite Smith. Loin de moi l’idée d’affirmer que tous les tarots de type Rider-Waite Smith obéissent scrupuleusement aux recommandations de Waite, mais ils s’en inspirent de près ou de loin.

Cet ouvrage met en relief les principales différences entre les traditions Marseille et Waite et permet par conséquent de mieux comprendre pourquoi les lames ne signifient pas nécessairement la même chose dans l’une et l’autre. Ainsi, prendre un Rider-Waite Smith et l’interpréter comme un tarot de Marseille est un non-sens dont il faut impérativement se détacher si l’on veut obtenir de bons résultats.

Par ailleurs, ce volume mène à une certaine ouverture d’esprit par rapport au tarot et à la manière de le manipuler. Ainsi, si le tarot de Marseille paraît parfois « rigide » (avec son « austérité » visuelle, c’est l’une des principales raisons du découragement de beaucoup par rapport à cet outil !), le Waite paraît plus « souple » malgré une structure bien définie, car celle-ci reste sous-jacente.

Enfin, il est intéressant d’avoir entre les mains un document historique qui fait état de recherches sérieuses sur le sujet (le premier en la matière !), car ce livre constitue une base solide pour tout apprentissage, que celui-ci soit au niveau de la divination, de la symbolique, ou même des principes chers à certaines sociétés hermétiques.

 

Où trouver cet ouvrage ?
On peut trouver cet ouvrage chez plusieurs éditeurs, notamment chez Forgotten Books et U.S. Games Systems, Inc. (voir les couvertures qui illustrent l’article), ou encore chez Amazon.

 

Remarque
Les livrets accompagnateurs de certains tarots reprennent en partie les significations et les méthodes de tirage présentées dans ce volume, mais partiellement seulement.

 

 

(© Morrigann Moonshadow, le 08 juillet 2011. Reproduction partielle ou totale strictement interdite.)