Fabriquer ses runes soi-même

Article rédigé par mes soins. Reproduction interdite.

 

Cette année, Mabon tombe en même temps que la pleine lune : comme la nature est bien faite ! Joyeux Mabon à tous et toutes ! Puisse la dernière fête de l’année sorcière vous apporter quiétude et réaliser vos souhaits !

L’article de ce soir n’est pas consacré au sabbat, mais les quelques astuces que voici raviront je l’espère ceux et celles qui se demandent comment fabriquer facilement ses propres runes. Au passage, des runes peuvent faire un joli cadeau de Mabon pour une personne envers qui l’on est reconnaissant…

La méthode qui suit a été testée (et approuvée) par mes soins, et les premiers jeux ont été terminés à temps pour Mabon. Je ne transcris que la procédure « technique » de fabrication, car pour l’aspect rituel qui l’accompagne, chacun(e) fait en son âme et conscience. Cependant, il est vivement conseillé d’entreprendre ce travail en phase de lune croissante afin de terminer aux alentours de la pleine lune. Bien qu’il existe plusieurs supports possibles tels que le bois, la pierre (semi-précieuses, galets), les coquillages, etc., j’ai choisi l’argile auto-durcissante, car celle-ci ne nécessite aucune cuisson et est facile à manipuler.

 

Matériel
- argile auto-durcissante (pas chère, on en trouve dans n’importe quel magasin spécialisé dans les loisirs créatifs) ;

- peinture acrylique (se trouve aussi dans les magasins pour loisirs créatifs ; sert à peindre les motifs) + pinceau pour peinture acrylique (le choisir fin !) ;

- vernis acrylique transparent (se trouve là encore dans les magasins pour loisirs créatifs) + pinceau pour vernis acrylique) ;

- papier sulfurisé + plaque à pâtisserie (ou planche) ;

- bâtonnet en bois pour dessiner les motifs sur l’argile (on en trouve dans les rayons manucure) ;

- lime à ongles en carton (pour polir les runes en douceur une fois l’argile sèche) + un petit pinceau type blush pour enlever les poussières.

 

Procédure
Une fois tous ces éléments réunis, il faut s’armer de patience et être prêt à y travailler plusieurs soirs de suite.

ÉTAPE 1 : façonner les runes et les dessiner
Prendre un peu d’argile dans la main et façonner chaque rune avec les doigts. Il est recommandé de leur donner une forme ovale ou rectangulaire afin de faciliter la lecture du sens (droit ou renversé) dans les tirages (ce que des runes carrées ou rondes rendent impossible). Par ailleurs, veillez également à les faire plutôt petites et assez épaisses, sans quoi elles risquent d’être très fragiles !

Poser chaque rune sur la plaque couverte de papier sulfurisé. Une fois les 25 formes prêtes, se munir d’un bâtonnet en bois type manucure et dessiner chaque lettre sur les morceaux d’argile.

Laisser reposer 24 heures (ou plus, en fonction de l’épaisseur) pour que les runes sèchent. Il est important qu’elles soient bien sèches pour l’étape suivante, car l’argile auto-durcissante est poreuse et doit être protégée de l’humidité. En cas de doute, laisser reposer plus longtemps.

ÉTAPE 2 : polir et peindre les lettres
Le jour (ou le soir) suivant, polir doucement les contours des runes à la lime à ongles pour arrondir les bords. Cela les rendra moins cassants et permettra de leur donner une forme plus régulière. De cette manière, gommer les aspérités, puis épousseter avec le pinceau à blush pour éviter que la poussière ne se mêle à la peinture et complique la tâche suivante.

Ensuite, peindre les symboles en remplissant les sillons creusés la veille. Attention, la patience est de mise, car la peinture acrylique est épaisse et les bavures sont vite arrivées !

Une fois toutes les lettres peintes, bien laisser sécher.

ÉTAPE 3 : vernir les runes
Une fois la peinture sèche (le soir d’après, par exemple), vernir les runes sur la première face. Là encore, bien laisser sécher, puis (le soir suivant, pas sécurité) vernir le dos. Si nécessaire, renouveler cette étape et passer une deuxième couche de vernis.

 

Et voilà, une fois les runes sèches, elles sont prêtes et il n’y a plus qu’à les mettre dans un petit sac ! Bien sûr, le résultat ne sera peut-être pas parfait dès le premier essai, mais c’est en forgeant que l’on devient forgeron ! Quoi qu’il en soit, un jeu que l’on fabrique soi-même aura une valeur particulière, que ce soit sur le plan divinatoire ou méditatif : le fait de l’avoir façonné crée un lien particulier entre l’artisan et les runes, car celui-ci a eu le temps de faire connaissance avec chacune d’elles durant les différentes étapes de fabrication.

 

Précisions
L’utilisation des runes n’étant pas très répandue, ces outils sont assez méconnus. Par conséquent, on lit souvent d’énormes âneries à leur sujet, que ce soit sur Internet ou dans les livres.

L’une des plus grosses erreurs concerne leur origine : NON, il n’existe rien de tel que des « runes celtiques » ! Les runes sont d’origine nordique, qu’on se le dise ! Je ne vais pas retracer ici toute leur histoire, mais il faut savoir que c’est Odin qui acquit ces lettres sacrées en se sacrifiant : pendu par le pied à l’arbre axe du Monde Yggdrasill durant neuf nuits, il endura maintes souffrances avant que ne lui soit révélé cet alphabet et qu’il puisse le graver. Cet épisode est relaté dans le poème appelé le Rúnatal (ou « Dénombrement des Runes) qui constitue le chant V des Hávamál (« Les Dits du Très-Haut ») dans les Eddas : 

Je sais que je pendis
À l’arbre battu des vents
Neuf nuits pleines,
Navré d’une lance
Et donné à Ódinn,
Moi-même à moi-même donné,
- À cet arbre
Dont nul ne sait
D’où proviennent les racines. 

Point de pain ne me remirent
Ni de corne ;
Je scrutais en dessous,
Je ramassai les runes,
Hurlant, les ramassai,
De là, retombai. 

Neuf chants suprêmes
J’appris du fils renommé
De Bölthorn, père de Bestla,
Et je pus boire
Du précieux hydromel
Puisé dans Ódrerir. 

Alors je me mis à germer
Et à savoir,
À croire et à prospérer,
- De parole à parole
La parole me menait
D’acte en acte
L’acte me menait. 

Tu découvriras les runes
Et les tables interprétées,
Très importantes tables,
Très puissantes tables
Que colora le sage suprême
Et que firent les puissances
Et que grava le Crieur des Dieux. 

Ódinn parmi les Ases les grava,
Pour les Alfes, ce fut Dáinn,
Dvalinn, pour les nains,
Ásvidr pour les géants,
J’en gravai moi-même quelques-unes. 
 
Sais-tu comment il faut tailler ?
Sait-tu comment il faut interpréter ?
Sais-tu comment il faut teindre ?
Sais-tu comment il faut éprouver ?
Sais-tu comment il faut demander ?
Sais-tu comment il faut sacrifier ?
Sais-tu comment il faut offrir ?
Sais-tu comment il faut immoler ? 

Mieux vaut ne pas demander
Que trop sacrifier.
Qu’il y ait toujours récompense pour don.
Mieux vaut ne pas offrir
Que trop immoler.
Voilà ce que Thundr grava
Avant les origines de l’humanité ;
Là, il ressuscita
Quand il revint.

 

[Voir Régis Boyer (comm. & trad.), L’Edda Poétique, Paris : Fayard, 1992]

 

 

(© Morrigann Moonshadow, le 22 septembre 2010. Reproduction partielle ou totale strictement interdite.)

runes support divinatoire

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