questions générales

Les dangers de la cartomancie

Article rédigé par mes soins. Reproduction interdite.

 

La cartomancie est-elle dangereuse ? Voilà une interrogation qui revient souvent, que ce soit de la part de néophytes qui aimeraient apprendre à pratiquer cette discipline ou de personnes qui souhaiteraient consulter mais qui sont retenues par la peur de l'inconnu. Que ce soit à travers les moteurs de recherche ou lors des premiers contacts avec des consultants et des élèves, ce sujet est très souvent abordé, non sans une certaine timidité. Pourtant, il n'y a pas de quoi se sentir bête de poser ce genre de questions, bien au contraire ! Mieux vaut partir du bon pied et chercher à comprendre d'emblée les fonctionnements d'une discipline qui semble mystérieuse plutôt que de s'enfermer dans des préjugés qui n'auront d'autre effet que d'amplifier la peur.

À travers cet article, je vais tenter de clarifier certains points liés aux dangers supposés de la cartomancie. D'où vient cette crainte ? À quoi pense-t-on habituellement lorsqu'on formule ce type de question ? Quels sont les réels dangers de la cartomancie ? Telles sont les problématiques qui seront traitées ici. Tout d'abord, je m'attacherai à expliquer certains des mécanismes relatifs aux fonctionnement de cet art afin de tordre le cou à quelques idées reçues largement répandues, puis dans un second temps j'évoquerai quelques comportements relatifs à la cartomancie, qu'ils soient l'œuvre de l'interprète ou du consultant, qui peuvent constituer des risques réels.

 

Les risques liés à la pratique de la cartomancie
À quoi fait-on appel lorsqu'on tire les cartes ? La question des éventuels dangers de la cartomancie dissimule souvent une interrogation concernant les fonctionnements de cette discipline. C'est la plupart du temps ce que révèle une discussion avec celui ou celle qui la pose.

La pratique de la cartomancie en elle-même, qui consiste en quelques actions simples comme mélanger le jeu, tirer un certain nombre de cartes et les interpréter, ne fait courir aucun risque à celui qui y recourt. On entend parfois çà et là des personnes assurer sur un ton très docte qu'il faut absolument « se protéger », sans quoi on pourrait bien déclencher une catastrophe : ouverture d'une porte vers les Enfers, s'attirer les foudres d'esprits malfaisants qui nous poursuivraient sur plusieurs générations, se faire posséder par une « entité » malveillante, convoquer les morts ou encore invoquer une horde de démons déchaînés (barrer la/les mention(s) inutile(s)). Tout ceci peut sembler farfelu, mais bien que le trait soit à peine grossi ici, ces clichés sont bien réels et largement répandus.

Comme toute idée reçue, ils ne trouvent de terrain fertile que lorsqu'ils atteignent des personnes non informées, qui manquent donc de recul et ne peuvent par conséquent pas mettre en perspective ce qu'elles entendent. Afin de se détacher de ces inepties, il faut se pencher sur ce qu'est la cartomancie et comment elle fonctionne.

Techniquement, la pratique de la cartomancie consiste comme je l'évoquais plus haut en une série de gestes qui ont pour objectif de trouver des éléments de réponse à une question posée. Ainsi, on commence par formuler une question sur laquelle on se concentre mentalement. Toujours en ayant la question à l'esprit, on mélange le jeu, on coupe, puis on l'étale en éventail devant soi. On tire ensuite un certain nombre de cartes que l'on positionne selon un schéma donné. On retourne les cartes face visible et l'on se lance enfin dans leur interprétation. À aucun moment dans ce processus il n'est question de s'adresser à qui que ce soit ou d'invoquer quoi que ce soit. La cartomancie n'est pas un acte magique, pour la simple raison que les cartes ne possèdent pas de personnalité : ce ne sont que des morceaux de carton sur lesquels figure un certain nombre de symboles. Elles n'ont donc aucun « pouvoir » et leur maniement n'est pas lié à l'intervention du « surnaturel ».

Ce type de croyance relève de l'ignorance du mode de fonctionnement de la cartomancie. On sait que c'est efficace, mais parce qu'on ne sait pas l'expliquer, on va chercher des justifications qui défient l'entendement. Pourtant, on dispose d'éléments permettant de comprendre ce qui se passe lorsqu'on tire les cartes.

Tout d'abord, il faut tenir compte du fait que les cartes s'interprètent selon des grilles de lecture bien définies, qui font appel à un langage symbolique s'inscrivant dans un ou des système/s culturel/s particulier/s. Ainsi, chaque élément illustré représente une idée, une notion, et lorsqu'on en compte plusieurs, ils s'associent et se combinent pour raconter une histoire ou évoquer un ensemble d'aspects. Or, il se trouve que les éléments illustrés par les différents symboles présents sur les cartes dépeignent les événements qui ont lieu dans la vie du consultant, des aspects de celle-ci ou des forces et énergies qui la régissent.

Il est communément accepté que les cartes, qu'elles soient de tarot ou qu'elles appartiennent à des oracles, soient un moyen de mettre en évidence le lien invisible qui existe entre le plan conscient et le plan inconscient. En d'autres termes, on considère que l'esprit humain est fait de deux plans : le plan conscient et le plan inconscient. Si l'on a aisément accès au plan conscient, le plan inconscient s'exprime de manière plus subtile, voire invisible ou imperceptible. C'est là que les cartes interviennent : elles aident l'inconscient à s'exprimer et à révéler la perception profonde qu'a le consultant de la situation qui le préoccupe et qu'il soumet à leur examen.

Dans cette optique, on comprend que les cartes ne sont autres qu'un miroir de soi. Lorsque le consultant ou le cartomancien prend les cartes dans l'éventail étalé devant lui, il lui est demandé de le faire le plus naturellement possible, sans réfléchir. Au cours de cette étape, on fait donc appel à l'inconscient, car c'est bien lui qui va diriger la main vers telle carte plutôt que telle autre. La question qui se pose alors est de savoir comment il est possible que les cartes tirées correspondent à la situation du consultant. Dans la continuité de ce qui a été évoqué jusqu'à présent, on considère que dans le monde qui nous entoure, tout est question de vibrations et de résonances. Par conséquent, on admet que les objets et les personnes sont faits d'énergies qui s'accordent plus ou moins bien avec les nôtres, d'où notamment certaines affinités que l'on peut ressentir lors d'un premier contact. C'est également ce qui se passe lorsqu'on tire les cartes : guidée par l'inconscient, la main prend naturellement les cartes dont les symboles résonnent le mieux avec notre situation. C'est pourquoi elles la décrivent et en montrent des aspects qui viennent compléter ce dont on avait déjà conscience.

Comme on peut le voir en détaillant les aspects mécaniques de la cartomancie, la pratique de cette discipline ne présente aucun danger : elle n'est pas un acte magique, pas plus qu'elle ne nécessite une quelconque communication avec l'au-delà que ce soit ou que l'on ne soit guidé par des démons, mauvais esprits et autres entités. Rien de tout cela, mais au contraire une succession de gestes simples qui permet de laisser s'exprimer l'inconscient afin de mettre en avant des éléments relatifs à des situations précises. Nul besoin pour ce faire d'avoir recours à autre chose qu'en les remarquables fonctionnements de l'esprit humain !

 

Les risques humains
S'il n'y a aucun risque lié aux aspects mécaniques de la cartomancie, il ne faut pas croire pour autant que faire appel à cette discipline ne comporte aucun danger. Il est indispensable de bien comprendre que si danger il y a, celui-ci est humain, car situé dans l'approche et le décorum que l'on n'associe que trop souvent à l'ensemble de pratiques qui vient d'être décrit. Ce sont bien les attitudes humaines qui sont à surveiller, que ce soit du côté de l'interprète ou de celui du consultant. Si chacun adopte un comportement responsable – et réaliste ! – face à la cartomancie et aux possibilités qu'elle offre, alors les dangers s'en trouvent réduits.

Quel que soit le discours du cartomancien, il est important que le consultant soit réaliste quant à la nature de l'aide que la consultation peut lui apporter. En aucun cas il ne doit s'attendre à une résolution miraculeuse ou providentielle de ses soucis, mais plus qu'il ne peut espérer que les choses vues dans les cartes se produisent sans son intervention ! Il est indispensable qu'il comprenne bien que la consultation en cartomancie lui fournira un panorama de ce qui se passe autour de lui, en incluant les causes, le chemin qui l'ont mené là où il est au moment de la consultation. De la même manière, en ce qui concerne les « prédictions », les faits qu'elles évoquent ne sont pas écrits dans le marbre ! Au contraire, comme le présent est la conséquence logique du passé, ce que l'on a tendance à appeler « avenir » n'est autre que l'évolution naturelle de la situation présente. Dès lors, le futur n'est pas fixe mais soumis à changement ! Le consultant doit toujours garder à l'esprit qu'il peut, toute proportion gardée, influer sur les événements voire les modifier pour en améliorer l'issue dans le cas où les tirages laisseraient présager des périodes difficiles. Il est évident que certaines situations ne dépendent pas entièrement du consultant et que d'autres personnes pourraient, à un moment ou un autre, décider de son sort à sa place (entretien d'embauche, etc.). Pourtant, là encore, l'intérêt d'être informé à l'avance des difficultés qui peuvent se poser permet d'anticiper et de mieux se préparer à d'éventuels imprévus ou à des situations problématiques. Ainsi, le consultant peut se montrer plus réactif et rebondir plus facilement, sans être sous le coup d'un effet de surprise qui le priverait temporairement se ses moyens.

Il est donc important que le consultant prenne du recul par rapport à ce qui lui est dit au cours de la consultation, sans considérer ce qu'il entend comme un absolu immuable. Il doit prendre les éléments récoltés comme des aides qui lui permettront de prendre conscience des potentiels des situations qu'il connaît(ra) et d'établir des stratégies afin d'y réagir au mieux. En aucun cas il ne doit adopter une attitude défaitiste ou pessimiste !

Quoi qu'il puisse être dit au cours de la consultation, il dispose de son libre-arbitre et reste maître de ses décisions. Il doit être clair dès le départ que la consultation n'a pour d'autre but que de l'aider à prendre conscience des dynamiques qui s'expriment autour de lui, et qu'il peut utiliser les éléments mis en exergue dans ses choix s'il le souhaite. En aucun cas les cartes ne prennent de décisions à sa place (est-il besoin de rappeler que ce ne sont que de simples morceaux de carton ?), pas plus que ne peut le faire le cartomancien ! Le seul responsable des décisions que prend le consultant est... lui-même !

Quelle que soit l'attitude du consultant, il est indispensable pour le cartomancien de se fixer une ligne de conduite claire, nette et précise, à laquelle il ne dérogera pas. De préférence, celle-ci sera explicitée sur son site ou dans ses brochures, à moins qu'il ne préfère en discuter avec le consultant en début de consultation afin de s'assurer que ce dernier ait bien saisi le but du rendez-vous. Par exemple, la ligne de conduite que je me suis fixée lorsque j'ai professionnalisé mon activité est consultable sur mon site sous la forme de mon code éthique. Je m'assure de ne pas en dévier afin de garantir à mes consultants des prestations à travers lesquelles ils seront certes aidés, mais surtout maîtres de la situation. J'insiste bien sur le fait que quoiqu'il soit dit, ils demeurent les seuls à prendre les décisions qui les concernent.

Pourtant, on trouve des cartomanciens qui n'hésitent pas à jouer de la position de pouvoir qu'ils occupent par rapport à leurs consultants pour les influencer et tenir des discours insinuant qu'ils détiennent une vérité absolue et qu'ils savent donc mieux que le consultant ce qui lui convient ou non. Ce type de comportement est extrêmement dangereux car il revient à profiter de la situation de faiblesse dans laquelle peut se trouver le consultant, ou du moins de sa grande vulnérabilité. La consultation est un moment chargé d'émotions, et il est important que le cartomancien n'abuse pas de sa position et de l'autorité qu'il peut avoir sur le consultant pour le manipuler de quelque manière que ce soit.

C'est pourquoi il faut être particulièrement vigilant aux propos que l'on tient lorsqu'on se trouve en position d'interprète, sans quoi l'on a vite fait de donner de faux espoirs au consultant en termes d'attentes ou au contraire de susciter en lui des peurs irraisonnées. D'où l'intérêt d'une approche humble de sa discipline, qui ne visera pas à faire passer le cartomancien pour quelqu'un d'infaillible ! S'il est en effet un point sur lequel il est indispensable d'insister, c'est bien le caractère profondément humain de l'interprétation des cartes. La qualité de l'interprétation des cartes est liée à la bonne compréhension des symboles présents sur les lames. Ainsi, meilleure sera la connaissance de ce langage par le cartomancien, et plus intéressante (et utile !) sera la consultation pour le consultant ! Ceci dit, il ne faut jamais se montrer présomptueux et croire ou laisser entendre que l'on ne peut se tromper. Si les cartes reflètent effectivement la situation du consultant, les symboles qu'elles présentent peuvent toujours être interprétés de plusieurs manières. Par conséquent, il est tout à fait possible pour le cartomancien d'opter pour une signification qui ne correspondrait pas à ce que vit celui qui le consulte. D'où l'importance de rester réaliste quant à ses propres capacités de lecture d'un tirage.

Dans tous les cas, l'attitude et le discours du cartomancien se doivent de rester rationnels et réalistes par rapport à la discipline qu'il pratique. En aucun cas il ne doit se faire passer pour un prophète ou pour quelqu'un d'exceptionnel, pas plus qu'il ne doit laisser entendre au consultant qu'il détient la vérité ou qu'il est infaillible. Il n'est pas non plus investi de « supers-pouvoirs » qui le mettraient en relation avec des « sphères supérieures » ou autres. Ce type de posture, que l'on ne voit (hélas, trois fois hélas !) que trop souvent, est à laisser aux artistes qui se produisent dans des foires ou des salles de spectacles et qui assument leur qualité d'amuseurs publics, mais n'a rien à faire dans une consultation digne de ce nom !

 

À la lumière de ces éléments, on comprend que la cartomancie en elle-même ne présente aucun danger. En revanche, la manière dont on l'aborde et dont on la diffuse peut se révéler dangereuse. Les véritables dangers ne sont pas mécaniques (c'est-à-dire qu'ils ne sont pas liés aux gestes effectués ou aux cartes en elles-mêmes), mais humains. Aussi, nul risque de voir apparaître un démon au beau milieu de votre salon en représailles d'un tirage, ni d'être maudit sur sept générations ou plus si vous manipulez régulièrement des cartes divinatoires. Rien à craindre, donc, du côté de l'invisible et des autres plans de l'existence !

Non, les dangers sont bel et bien humains, et ce sont les seuls que vous pourrez rencontrer : un consultant qui s'attend à ce que la consultation (ou l'interprète) lui dise ce qu'il doit faire ou prenne les décisions à sa place, une attitude défaitiste ou fataliste quant aux « prédictions ». Si on le laisse s'installer, le phénomène d'addiction, qui découle directement de ce qui vient d'être évoqué, sera également le pire ennemi du consultant, qui se reposerait beaucoup trop sur les cartes et compteraient sur elles pour la moindre prise de décision.

C'est pourquoi il est du devoir du cartomancien de se montrer rassurant et d'informer clairement le consultant quant au service auquel il s'apprête à avoir recours. Aussi, on évitera les discours nébuleux et prétentieux assurant que l'on ne se trompe jamais ou que l'on est en contact permanent avec tels ou tels Être Surnaturel, entité, plan de l'existence, dieu, maître spirituel, etc. (rayez les mentions inutiles). Il est essentiel de veiller à la bonne information du consultant, qui passe par une attitude rationnelle et raisonnée. Une pratique saine doit être privilégiée : ce sont les connaissances de l'interprète quant au langage symbolique et à la portée initiatique et divinatoire des supports qu'il utilise qui fait la qualité de l'expérience pour le consultant... et rien d'autre, mis à part le tact avec lequel les « prédictions » sont formulées ! On évitera ainsi au consultant (et à soi-même !) bien des déboires !

 

 

(© Morrigann Moonshadow, le 23 février 2015. Reproduction partielle ou totale strictement interdite.)

Les enfants et les cartes: comment répondre à leurs questions?

Article rédigé par mes soins. Reproduction interdite.

 

Faut-il ou non répondre aux interrogations des enfants lorsqu'ils se montrent curieux de savoir à quoi servent les cartes que nous utilisons ? Voilà une question qui fait débat en matière de cartomancie, car elle ne laisse personne indifférent ! Dès lors qu'elle est posée, impossible de l'ignorer. Plusieurs options s'offrent alors : soit on indique que ce sont « des choses de grandes personnes » et que « les cartes, ce n'est pas pour les enfants », soit on essaie de répondre en expliquant brièvement à l'enfant en quoi cela consiste. Quelle solution choisir ?

En premier lieu, il faut tenir compte d'un point essentiel : en posant des questions, l'enfant fait preuve de curiosité et d'un intérêt certain potentiel pour la discipline. S'il est impossible d'affirmer où cette curiosité le mènera, il n'est pas acquis pour autant qu'il souhaitera pratiquer par la suite... tout comme il n'est pas dit qu'il ne voudra pas approfondir ! La curiosité – bien placée ! – est un gage d'esprit, et il serait dommage de frustrer un enfant qui s'interroge ! Si la curiosité est forte, cela ne ferait que le pousser à aller chercher des réponses par lui-même, et qui sait ce qu'il pourrait trouver ou ce qu'on pourrait lui dire... Ne pas répondre à ses questions peut l'exposer à certaines formes de dangers ou développer des superstitions. Et ceci n'est, bien sûr, pas une approche saine des choses.

Ne vaut-il pas mieux qu'il découvre les choses dans un cadre sécurisé et sécurisant, au fur et à mesure de l'évolution de son intérêt pour les cartes ? Par ailleurs, lui répondre simplement que « ces choses-là ne sont pas pour [lui] » aura au final un effet inverse à celui recherché : au lieu de le « protéger » – de quoi, d'ailleurs ? –, on va créer en lui des craintes voire des peurs plus tenaces qu'on ne l'imagine, car ce qui n'est « pas pour les enfants » est nécessairement dangereux, répréhensible ou choquant. Or, telle est l'image de la cartomancie que l'enfant risque de se construire... et ce n'est pas le but de la manœuvre !

 

Lorsqu'un enfant me pose des questions sur mes cartes, j'y réponds le plus honnêtement possible en donnant des explications simples... mais pas simplistes ! Très souvent, les enfants demandent d'abord si ce sont des cartes « pour jouer », car ils les trouvent belles et sont attirés par les « jolis dessins » qu'ils y voient. Je leur explique alors que ces cartes-ci ne servent pas à jouer, mais plutôt à montrer à celui qui les consulte l'histoire de sa vie ou d'une partie de sa vie. Je leur montre quelques cartes pour leur faire comprendre de quelle manière elles reflètent les événements de la vie. Immanquablement, je suis épatée par la justesse de leurs remarques ! En leur demandant de me décrire la carte et de me dire ce qui arrive au personnage, je m'aperçois à chaque fois qu'ils en saisissent sans trop d'efforts les significations et implications. Au fil des lames, je fais en sorte qu'ils participent à la reconstitution de l'histoire qui se dessine sous leurs yeux.

Les enfants ont une facilité naturelle à faire la relation entre une illustration et les messages qu'elle véhicule car ils sont habitués aux livres d'images. Ce type de métaphore permet donc de rattacher les cartes divinatoires à quelque chose qui leur est déjà familier.

Ensuite, il n'y a qu'un pas à faire pour leur expliquer de quelle manière un jeu de cartes peut raconter l'histoire de chacun. Ainsi, l'enfant comprend les grands principes de la cartomancie de façon rationnelle, sans qu'il y ait besoin d'avoir recours à des effets de manche douteux. Les enfants sont un public jeune, certes, mais surtout très exigeant. Aussi, il est inutile de leur mentir ou de détourner leur attention, car cela ne ferait qu'entacher la confiance qu'ils peuvent avoir en les adultes. À mon sens, il est donc important de répondre à leurs questions autant que faire se peut.

Il est possible que leur intérêt ne soit que ponctuel et passager, tout comme il se pourrait qu'il soit le début d'une grande passion. Dans les deux cas, ils finiront par confronter les informations obtenues dès leur plus jeune âge à celles qu'ils trouveront ailleurs plus tard. Bien encadrés, ils seront un minimum armés pour faire la différence entre les informations fiables et celles qui ne le sont pas. Mal informés, ils seront en proie à toutes les superstitions et aux charlatans, incapables de se montrer critiques par rapport à ce qu'ils entendront ou liront.

 

Chaque fois qu'un enfant me pose des questions sur mes cartes, j'y réponds donc, en essayant de rattacher mes pratiques à des choses qu'il connaît déjà. Si possible, je lui montre un jeu qui exploite l'univers des contes de fées pour illustrer mon propos, car il connaître à coup sûr quelques-unes des histoires auxquelles il est fait allusion et pourra ainsi mieux établir les connexions entre la carte et ses significations.

Bien sûr, je ne suis pas en train de dire qu'il faille automatiquement enseigner à un jeune enfant comment se servir des cartes ! Je garde néanmoins en tête le fait que j'ai moi-même commencé assez tôt et que cela m'a certainement beaucoup aidée à assimiler le langage des cartes de façon naturelle et à l'intégrer. Aussi, si un enfant manifeste une attirance très prononcée pour cette discipline, alors il est toujours possible de l'y initier sous forme de jeu. Ensuite, si l'intérêt persiste, on peut très progressivement commencer à approfondir les choses à mesure que l'enfant grandit. Cela dit, il est indispensable de veiller à bien encadrer les pratiques en associant à l'aspect technique les considérations éthiques qui s'imposent !

 

 

(© Morrigann Moonshadow, le 24 novembre 2013. Reproduction partielle ou totale strictement interdite.)

Quelques superstitions et idées reçues sur les cartes et la cartomancie

Article rédigé par mes soins. Reproduction interdite.

 

Comme la plupart des disciplines ésotériques, la divination par les cartes est souvent entourée d’une aura de mystère, plus souvent par méconnaissance que par dissimulation. Bien sûr, certains cartomanciens aiment se complaire là-dedans et en jouent, ce qui leur ouvre un large champ de manipulation pour duper leurs consultants. Il n’est pas question de ce genre de pratiques ici. Bien au contraire. Cet article vise à tordre le cou à certaines idées reçues sur la cartomancie, qui relèvent plus de la superstition et du fantasme que d’une approche raisonnée et rationnelle. On verra ainsi que ce qui apparaît aux yeux de certains comme des pratiques « suspectes » n’est en réalité qu’un ensemble de techniques et de méthodes bien définies… et à la portée de tous !

La liste présentée ci-dessous en treize points n’est pas exhaustive et ne montre qu’une petite partie des superstitions et idées reçues qui courent sur le sujet. Aussi, il est fort probable que d’ici quelque temps, un autre article du même genre voie le jour !

 

1) Tirer les cartes est un acte magique
Faux. C’est sans doute l’idée reçue la plus répandue. Pourtant, il n’y a rien de « magique » ou de « surnaturel » à la cartomancie. Tirer les cartes ne constitue en rien un acte ou un rituel magique. Pas de magie cérémonielle là-dedans donc, pas plus que de magie évocatoire ou invocatoire. Bien sûr, il est tout à fait possible d’utiliser les cartes – en particulier le tarot – dans de tels contextes, mais on sort alors de la cartomancie, qui est un art divinatoire.

En cartomancie, on travaille sur les symboles présents sur les lames tirées par le consultant. Un symbole est un signe défini qui porte une signification particulière et commune dans la mémoire collective d’un peuple et/ou d’une culture. La cartomancie s’appuie sur le déchiffrage des symboles présents sur les lames tirées, en fonction de l’identité culturelle non seulement de l’interprète, mais surtout de celle que véhicule le jeu ou l’outil employé. Cette pratique n’est donc pas un acte magique en soi au sens commun du terme, à moins bien sûr que l’on ne considère que se connecter à la mémoire collective en soit un. À ce moment-là, il ne s’agit pas de la même magie que celle à laquelle on pense habituellement.

 

2) Un rituel (ou une mise en scène) est indispensable
Vrai… et faux ! Comme précédemment, tout dépend des définitions que l’on donne aux mots. Ici, il convient tout d’abord de revenir sur la notion de « rituel » et d’en évaluer l’utilité dans le cadre d’une consultation. En règle générale comme en magie, un rituel est un ensemble d’actes et de gestes que l’on répète méticuleusement avant d’accomplir quelque chose, et ce dans le but d’assurer le bon déroulement de ce que l’on a à faire. Par exemple, certains artistes refont toujours les mêmes gestes avant d’entrer en scène. Ceux-ci, s’ils n’ont pas d’effet prouvé sur le bon déroulement de la représentation, rassurent le comédien/chanteur/musicien et le mettent dans de bonnes conditions pour son entrée en scène et lui donnent confiance en lui, comme si la répétition de ces gestes lui donnait la force nécessaire à l’accomplissement de sa mission. C’est justement le rôle d’un rituel, magique ou non, que d’assurer à celui qui le pratique qu’il trouvera « la bonne énergie » nécessaire à la réussite de son entreprise.

Oui, mais qu’en est-il de la cartomancie ? On trouve des attitudes très différentes quant à la pratique de rituels : certains ne tirent jamais les cartes sans en effectuer, tandis que d’autres n’y prêtent pas d’attention particulière. Mais si l’on regarde de plus près, il est des rituels subtils qui, s’ils sont discrets, n’en sont pas moins présents. Pour certaines personnes, il est impensable de tirer les cartes sans un rituel de mise en condition. Celui-ci peut être la mise en place d’un autel, la présence de bougies, d’encens, la récitation d’une prière, etc. Pour ceux qui pratiquent ainsi, ce type de rituel « met en marche » le processus divinatoire. En réalité, ceci aide le pratiquant à se concentrer et à « se connecter » à la mémoire collective à laquelle il a besoin d’avoir accès pour pouvoir déchiffrer les symboles et les signes. D’autres ne pratiquent pas ce genre de rituels et de mise en scène, car pour eux la « connexion » se fait naturellement en raison peut-être d’une plus grande facilité à se concentrer pour la lecture des cartes. Dans ce cas, pas besoin de dispositions particulières pour « aider » à la divination.

La nécessité d’un rituel paraît alors discutable. Pour ma part, je n’en effectue aucun car je n’en ressens pas le besoin d’une part, et parce que je ne considère pas que tirer les cartes soit un acte magique d’autre part. Au contraire, je vois cela d’un œil rationnel. Comme je l’ai expliqué, ces rituels servent plus à mettre le cartomancien en confiance par rapport à ce qu’il s’apprête à faire qu’à réellement « mettre en marche » un mécanisme de divination qui serait indépendant du cartomancien. Le rituel n’est donc pas nécessaire en soi et ne doit jamais servir à duper le consultant en voulant lui faire croire que l’on est un grand magicien en contact avec les secrets des dieux ou que sais-je encore. Il est tout à fait possible de tirer les cartes sans préparation particulière, tout dépend de la facilité qu’a le cartomancien à se concentrer.

En d’autres termes, si la présence d’un rituel est définie selon chacun en fonction de ce qu’il juge nécessaire pour se mettre dans de bonnes conditions, elle ne doit en aucun cas servir à faire passer la consultation ou le cartomancien pour ce qu’ils ne sont pas. Comme je l’ai dit plus haut, il est d’autres gestes, très discrets cette fois, qui peuvent aussi constituer des « rituels ». Parmi ceux-ci, on trouve le déroulement général de la consultation, mais aussi le fait, par exemple, de ranger les cartes en les remettant dans l’ordre à la fin d’un tirage ou de la consultation. Ceux-ci sont également symboliques et ont déjà été évoqués ici.

Bien sûr, les clichés sont très résistants et donc difficiles à éliminer, et il arrive fréquemment que les consultants soient un peu déstabilisés lorsqu’ils se trouvent face à un(e) cartomancien(ne) qui aborde la consultation sans mise en scène particulière ou rituel, presque déçus de l’absence de « magie » !

 

3) Quand on tire les cartes, on fait appel aux esprits ou aux dieux
Faux. La cartomancie n’a rien à voir, que ce soit de près ou de loin, avec du spiritisme, et encore moins avec un rapprochement avec le Divin. De la même façon que cette pratique n’a rien de « magique » en elle-même, elle ne fait appel à rien d’autre qu’à la capacité d’analyse de l’interprète et à son habileté à déchiffrer les symboles qu’il rencontre. Les interprétations qu’il fait lui sont propres et ne sont pas dictées par « autre chose » que ce qu’il voit sur les cartes.

Bien sûr, il est tout à fait possible de contacter les défunts et d’obtenir des messages de leur part à travers les cartes, mais ce type de pratique relève, pour le coup, plus du spiritisme que de la cartomancie « classique » à proprement parler.

 

4) Tirer les cartes est dangereux
Faux. Suite à ce qui vient d’être expliqué, il apparaît clairement que la cartomancie ne peut pas être dangereuse en termes d’interférences entre les différents plans. Ne faisant pas appel aux esprits, ne faisant pas intervenir les dieux et n’étant pas un acte magique, cette discipline ne peut présenter de danger à ce niveau pour celui qui la pratique. D’où l’inutilité des rituels de protection effectués par certains avant toute manipulation.

Le seul danger que peut représenter la cartomancie est on ne peut plus terrestre. En effet, il arrive qu’à consulter les cartes trop fréquemment et/ou pour des broutilles, on en devienne dépendant, bien incapable de prendre quelque décision que ce soit sans avoir consulté au préalable. Il y a là bien plus de risques que sur tous les autres plans ! Ici, ce n’est pas l’acte en lui-même qui présente des risques, mais plutôt l’attitude de celui qui consulte et/ou de l’interprète qui ne sait poser certaines limites au consultant.

 

5) Les cartes ne servent qu’à prédire le futur
Faux. Contrairement à l’image immuable – semble-t-il – de la cartomancienne qui dit au voyageur « Tire quelques cartes, et je te dirai ce que l’avenir te réserve ! », la cartomancie connaît des champs d’application beaucoup plus vastes que celui qui consiste simplement à dévoiler le futur. D’ailleurs, « prédire » l’avenir n’est pas nécessairement l’activité principale du cartomancien. En effet, il est bien plus courant de voir des consultants qui cherchent à résoudre un problème présent que des consultants dont la seule préoccupation est de savoir de quoi demain sera fait.

La cartomancie est un formidable outil d’analyse ! Quelle que soit la situation – si tant est, bien sûr, qu’elle soit acceptable selon les termes du code éthique fixé par chacun –, les cartes mettent en valeur un point de vue neutre et amènent le consultant à considérer sa situation sous un autre angle. Ainsi, il obtient de précieux conseils qui lui permettront de démêler la situation présente… et donc d’améliorer son futur !

Afin de se défaire du cliché selon lequel les cartes ne font que prédire le futur, il faut comprendre de quelle manière le futur se construit. Considérer que les cartes prédisent le futur et que ce qu’elles annoncent se réalisera à coup sûr revient à nier le libre-arbitre du consultant et à le déresponsabiliser par rapport à ses actes. Or, c’est aussi nier que le présent et le futur sont étroitement liés ! En effet, le futur est profondément ancré dans le présent puisqu’il est la conséquence de ce que l’on y sème. Il est donc important de « bien » agir par rapport à la situation présente si l’on veut qu’elle se résolve ! Conseiller sur la manière d’agir et mettre en exergue les forces en présence sont justement les principaux rôles des cartes dans une consultation. Qu’importe de connaître l’issue d’une situation si l’on ignore quoi faire pour la provoquer, pour l’atteindre ? À quoi servirait une carte qui ne montrerait au voyageur que le lieu où il doit se rendre sans lui en indiquer le chemin ? Si l’on veut pousser cette comparaison, les cartes sont le tracé du chemin qui relie le voyageur au but qu’il souhaite atteindre. Elles ont un peu le même rôle qu’une boussole qui lui montrerait quelle direction suivre pour atteindre le meilleur endroit possible.

Plutôt que « prédire » l’avenir comme on l’entend communément, les cartes indiquent ce qu’il adviendra si le consultant poursuit dans la voie dans laquelle il est engagé. Elles peuvent bien sûr également lui indiquer un changement de direction, soit en lui montrant pourquoi il va droit dans le mur, soit en lui montrant un chemin qui serait « meilleur ». Par conséquent, les cartes permettent au consultant d’avoir tous les atouts en main pour décider de l’attitude et du comportement qu’il lui convient d’adopter en fonction du résultat escompté. Ainsi, c’est en son âme et conscience qu’il prend ses décisions.

Bien entendu, le futur n’est pas quelque chose de fixe, car il est perpétuellement soumis aux choix qui s’offrent à chacun chaque jour. Par conséquent, les cartes ne peuvent se limiter à de simples prédictions « brutes » qui laisseraient le consultant en dehors (spectateur) de sa propre vie !

 

6) Ce que les cartes prédisent est une fatalité
Faux. Comme on vient de l’évoquer, ceci est totalement faux. Les cartes ne font que montrer les conséquences les plus probables de la situation présente et/ou de la façon dont on l’aborde. Si le consultant décide de changer quelque chose à sa façon d’agir ou à sa stratégie, alors les « prédictions » émises ne se réaliseront pas car les événements seront modifiés en conséquence. On observe également que si l’on effectue un tirage à quelques semaines ou mois d’intervalle pour examiner l’évolution de la même situation, l’issue montrée par les cartes sera différente car elle s’ajustera aux décisions qui auront été prises et aux actions qui auront été accomplies. En d’autres termes, il n’y a aucune fatalité, et même les mauvaises nouvelles annoncées par le plus sombre des tirages peuvent être déjouées, dans la mesure bien sûr où le consultant a un pouvoir d’action sur ladite situation.

 

7) Il n’y a pas de « bonne » ni de « mauvaise » manière de tirer et de lire les cartes
Faux. S’il existe pratiquement autant de manières de tirer les cartes que de cartomanciens, il serait erroné de croire que chacun fait comme bon lui semble et que l’art de la divination par les cartes ne possède ni code ni règle. Si chacun finit par se forger sa propre méthode, celle-ci s’appuie néanmoins sur une base commune, fondée sur l’interprétation des symboles et les structures liées au Monde et au rapport qu’entretient l’Homme avec le Sacré. Sachant qu’un jeu de cartes – tarot ou oracle – est une représentation symbolique du Monde et de ses fonctionnements, il convient par exemple de bien en comprendre la structure pour voir de quelle manière les éléments illustrés par les cartes interagissent. Par conséquent, il convient de tenir compte de ce genre de chose dans sa pratique et de bien maîtriser le langage symbolique propre à chaque jeu. Il est bien entendu hors de question de décider que pour soi, tel symbole signifie telle chose ! La raison en est simple : un symbole s’inscrit dans une culture au sein de laquelle il signifie quelque chose de bien précis, comme un même mot écrit dans un alphabet donné renvoie toujours au même signifié.

Une fois cette base commune apprise et bien ancrée dans l’esprit du cartomancien de même que certaines bases pratiques, il est possible d’agrémenter sa façon de procéder en fonction de sa propre logique et de sa culture. Ainsi, quelle que soit la méthode personnalisée que l’on utilise, on doit être capable d’en expliquer chaque geste de manière raisonnée.

 

8) Les cartes ont une volonté et une vie propres
Faux. Certaines personnes attribuent des qualités anthropomorphiques aux cartes. On peut lire çà et là par exemple que tel ou tel jeu a un « sale caractère », qu’il ne « s’entend pas » avec tel autre, qu’il boude si on le range à proximité d’un autre, ou qu’il refusera de livrer des prédictions si l’on utilise un autre jeu que lui. On lit aussi parfois que les cartes « parlent », et lorsqu’ils ne parviennent pas à déchiffrer leurs tirages, certains disent même qu’« aujourd’hui, les cartes n’ont pas envie de parler ».

En réalité, rien de tout cela n’est vrai. Les cartes n’ont pas plus de volonté et de caractère propres que n’importe quel autre objet. D’ailleurs, ce sont des objets. Les personnes qui leur attribuent des qualités relatives à des êtres vivants se trompent sur leur mode de fonctionnement. Les cartes sont des supports. Comme ce terme l’indique, elles agissent comme des éléments déclencheurs des « prédictions » grâce au langage symbolique qu’elles exposent aux yeux de l’interprète. Ces symboles, qu’ils soient de simples signes ou renvoient à des archétypes particuliers, sont automatiquement associés à des idées et des notions dans l’esprit de celui ou celle qui lit les cartes.

Par conséquent, la seule personne active dans le processus d’interprétation est… l’interprète ! Lorsque celui-ci ne parvient pas à déchiffrer un tirage, inutile donc de blâmer les cartes ! L’explication est bien plus rationnelle : il est possible que l’interprète n’ait pas réussi à se concentrer suffisamment, qu’il ait été fatigué lors du tirage, ou tout simplement qu’il n’ait pas réussi à lire le tirage. Cela peut même arriver à de bons cartomanciens ! Dans ce cas, il est conseillé de noter le tirage, de le laisser reposer et d’y revenir un peu plus tard.

Un tirage « muet » peut également être dû à une question mal posée, ou qui ne s’accorde pas avec le mode de tirage choisi. Il suffit alors de reformuler la question ou de changer de mode de tirage. Là encore, ce ne sont pas les cartes qui ne « veulent » pas « parler », mais bel et bien l’interprète qui, d’une certaine façon, a bloqué le processus de divination.

En résumé, les cartes sont un objet. Elles n’ont à ce titre aucune volonté propre et aucun trait anthropomorphique ne peut leur être attribué. En tant que support, elles sont le reflet de ce que le cartomancien révélera à son consultant, car elles lui permettent de matérialiser et de formuler les réponses aux questions qui lui sont posées. Elles agissent comme un livre ouvert que l’interprète, s’il est suffisamment concentré, pourra lire comme n’importe quel autre livre.

En outre, même si l’on entend communément dire « mon jeu est bloqué, il refuse de me parler », le blocage n’est pas du fait du jeu en question, mais de celui de la personne qui l’utilise. Il arrive parfois que certains cartomanciens soient « impressionnés » par le jeu qu’ils utilisent, qu’inconsciemment ils aient « peur » du jeu ou de se tromper, etc. Tout ceci apporte une pression supplémentaire qui complique ou bloque le processus de lecture. Par extension, si l’on pense son jeu « bloqué » ou même « cassé », il le sera, puisque l’objet n’est que ce que l’on y projette. Si une telle situation se produit, il vaut mieux ranger son jeu et se dire que l’on essaiera à nouveau un peu plus tard, lorsqu’on se trouvera dans de meilleures conditions ou que l’on se sentira plus serein. Mais en aucun cas il ne faut tomber dans le piège de se dire « mon jeu est bloqué », « mon jeu est cassé » ou, pire encore, « mon jeu est fâché/ne m’aime pas » !

 

9) Plus un tirage comporte de cartes, plus il sera précis
Pas nécessairement. Contrairement à ce que l’on pourrait croire à première vue, la précision d’un tirage n’a rien à voir avec le nombre de cartes qu’il contient. En fait, tout dépend de ce que l’on cherche à examiner. Parfois, un tirage en trois lames suffit à cerner une situation, et ce bien mieux que d’autres tirages plus complexes ou plus « esthétiques ».

La précision d’un tirage ne dépend donc pas du nombre de cartes qu’il prend en compte, mais plutôt de sa pertinence par rapport à la situation que l’on souhaite examiner. Pour savoir si un tirage est adapté à une situation, il faut d’abord cerner la situation en question et évaluer le type d’information qu’il serait utile d’obtenir. Ceci fait, on trouve le tirage dont la structure se rapproche le plus de ces besoins. Il peut donc se révéler superflu d’effectuer un tirage complexe là où un simple tirage en trois lames ou en croix aurait suffi. Tout dépend des besoins du consultant, mais aussi de la question posée.

 

10) Il est impossible de se tirer les cartes à soi-même
Faux. Il est tout à fait possible de se tirer les cartes à soi-même, bien que la chose puisse sembler difficile de prime abord. Le principal écueil dans lequel il faut éviter de tomber est bien sûr le mécanisme naturel qui consiste à vouloir absolument faire « coller » le tirage à sa propre situation et ce que l’on en connaît, et/ou de lire les cartes selon ce que l’on aimerait qu’elles montrent et non selon ce qu’elles présagent réellement. Pour se tirer les cartes à soi-même, il faut être capable de se considérer comme un objet d’étude, comme un objet extérieur. Or, lorsqu’on commence à s’intéresser à la cartomancie et que l’on fait ses premières manipulations, le premier « cobaye » est bien souvent… soi-même ! En effet, lors des premiers pas de l’apprentissage, on reste le plus souvent « dans son coin », jusqu’à ce que l’on ait acquis assez de technique et d’assurance pour tirer les cartes à autrui. Les premiers progrès que l’on évalue sont alors ceux que l’on fait sur ses propres tirages.

Techniquement, il n’est donc pas impossible de se tirer les cartes à soi-même, puisque la plus grande difficulté réside en la capacité à se distancier de soi-même et donc à se considérer comme un objet extérieur. Il faut alors se retenir de vouloir se servir à tout prix de ce que l’on connaît – ou plutôt de ce que l’on croit connaître – de sa propre situation si l’on veut porter un regard neutre sur les événements, sans quoi le tirage ne sera pas d’une grande utilité. Le meilleur conseil que l’on puisse donner à quelqu’un qui veut se tirer les cartes à lui-même est d’apprendre à dissocier ses sentiments personnels du tirage qu’il a sous les yeux. Cela demande certains efforts, certes, mais ceux-ci mèneront à une grande satisfaction.

 

11) Certains jours de la semaine sont à éviter pour pratiquer la cartomancie
Faux. À en croire certains, il faudrait éviter de consulter les cartes le lundi car c’est le jour où elles « mentent », et il conviendrait de ne pas y toucher non plus le dimanche car ce jour-là elles « se reposent ». À ce compte-là, on peut trouver un prétexte pour n’importe quel jour de la semaine !

Par exemple : le mardi, jours de Mars, les cartes pourraient inciter aux conflits ; le mercredi, régi par Mercure, elles pourraient interférer dans les échanges, le commerce, et entraver la communication ; le jeudi, elles pourraient faire de même dans les domaines de la justice et chambouler les forces qui protègent le consultant ; le vendredi, jour de Vénus, elles pourraient montrer au consultant ses désirs et non la réalité et le samedi, régi par Saturne, elles pourraient créer du retard dans la réalisation de tout ce qu’elles annoncent. Tout ceci semble tiré par les cheveux… et ça l’est ! Les cartes ne « mentent » pas plus le lundi qu’un autre jour. En fait, elles ne « mentent » jamais, d’une part parce qu’elles sont des objets et qu’à ce titre elles n’ont aucune volonté propre, et d’autre part parce que les « erreurs de prédictions » sont en réalité dues à des erreurs de lecture et d’interprétation, et celles-ci sont… humaines ! Nul n’est à l’abri d’une telle erreur, et les causes peuvent être multiples : fatigue, concentration insuffisante ou difficile, etc.

En d’autres termes, il n’y a ni « bon » ni « mauvais » jour pour tirer les cartes. Cela dit, il est possible que l’interprète décide par convention personnelle de ne pas toucher à son jeu certains jours. Dans ce cas, il s’agit d’un temps de repos qui doit être défini rationnellement et d’après les besoins humains ou les interdits religieux éventuels inhérents à certaines croyances. Mais ceci est propre à chacun.

En revanche, travailler en accord avec l’influence que les planètes ont sur les jours de la semaine peut être une bonne idée pour qui s’intéresse à l’astrologie. Ainsi, on peut penser que le lundi est un jour particulièrement propice pour tout ce qui concerne l’intuition et la féminité, le mardi pourrait montrer la voie à suivre pour régler les conflits, le mercredi favoriser les échanges, les questions de commerce et de communication, le jeudi celles en rapport avec la justice et la chance, le vendredi celles sur l’amour et le domaine sentimental, etc. Mais là encore, il ne s’agit que d’un « petit coup de pouce », car au final, toutes ces questions peuvent être abordées n’importe quel jour sans problème et sans risque que la qualité du tirage soit « moindre ».

 

12) Les cartes, cela ne fonctionne que si l’on y croit
Faux. La cartomancie ne fonctionne pas selon le crédit que l’on y porte ou non. Que l’on y croie ou non, le résultat est le même. Bien sûr, si une personne qui veut absolument y croire cherche désespérément à trouver des liens entre sa vie et ce que lui dit le cartomancien, elle en trouvera, de même que la personne qui est dans le déni le plus total. Objectivement, en revanche, l’efficacité du procédé n’est pas proportionnelle au degré de croyance que l’on y porte.

En réalité, le fonctionnement de la cartomancie est simple. Lorsque le consultant mélange le jeu, il crée son « petit chaos », c’est-à-dire qu’il reproduit à travers les cartes son monde à lui, l’existence dans laquelle il évolue et telle qu’elle est au moment du tirage par rapport à la question posée. Ensuite, une fois le jeu étalé devant lui en éventail, vient le moment de choisir les cartes que l’on interprétera. Malgré ce que l’on pourrait croire, ce choix ne se fait pas au hasard, même si les cartes apparaissent face cachée au consultant. Ce qui « guide » le choix des lames à ce moment-là n’est pas très différent de ce qui fait tourner un pendule dans un sens plutôt que dans l’autre. En effet, le conscient lâche prise et l’inconscient prend le relai. C’est ce qui fait que la main du consultant sélectionnera telles cartes plutôt que telles autres, car elles seront mieux appropriées pour lui parler de la situation particulière qu’il souhaite soumettre à leur examen.

Compte tenu de ces quelques éléments, on voit bien que l’argument de la croyance ne tient pas pour expliquer l’efficacité de la cartomancie. On part du principe que le consultant tire toujours les « bonnes » cartes, c’est-à-dire celles qui correspondent le mieux à sa situation. Le reste – l’interprétation – est soumis aux compétences humaines du cartomancien, qui lui-même n’est pas à l’abri d’une erreur de lecture.

 

13) Tant que l’intention est bonne, on ne peut nuire à personne
Faux. Bien que la cartomancie offre en pratique des possibilités illimitées au niveau de ce que l’on peut explorer à travers elle, elle n’est pas pour autant dénuée de toute morale. C’est là qu’intervient l’éthique. Il convient à tout cartomancien de composer un code éthique qui lui est propre. Celui-ci fixe les limites qu’il choisit de ne pas dépasser (ne pas explorer tel ou tel domaine, problème de la lecture pour des tiers, etc.). Bien que la cartomancie soit destinée à aider autrui, mais cela ne signifie pas que l’interprète doive accéder à tous les désirs du consultant, si bonne soit son intention. Si avoir des nouvelles d’une personne qu’il a perdue de vue peut rassurer le consultant, il n’est pas correct en revanche de fouiller dans la vie d’une personne qui n’a rien demandé. Cela revient à faire de l’espionnage et à violer l’intimité d’autrui. Si le consultant souhaite savoir ce qui se passe dans la vie d’un proche, il existe d’autres moyens beaucoup plus directs que la cartomancie !

 

 

(© Morrigann Moonshadow, le 17 mai 2012. Reproduction partielle ou totale strictement interdite.)