la cartomancie en pratique

La Croix Celtique

Pourquoi j'apprécie la Croix Celtique

Article rédigé par mes soins. Reproduction interdite.

 

La Croix CeltiqueS'il est un mode de tirage que l'on trouve dans tous les livres et dans tous les livrets un peu soignés ou presque, c'est bien la Croix Celtique. Quelle que soit sa forme, elle est l'un des tirages les plus souvent pratiqués aux côté du tirage en croix et du tirage en trois lames. Si certains la considèrent comme la méthode la plus aboutie, d'autres la boudent en raison de sa structure qu'ils trouvent trop rigide et trop directive.

Pour ma part, c'est un mode de tirage que j'ai appris à apprécier au fil du temps et auquel je n'hésite pas à avoir recours aujourd'hui lorsque son utilisation me paraît pertinente. Toutefois, je ne fais pas partie de ceux qui voient en la Croix Celtique la « méthode miracle » car à mon sens, il est indispensable de l'utiliser à bon escient si l'on souhaite en tirer tous les bénéfices, comme n'importe quelle autre méthode de tirage d'ailleurs.

La Croix Celtique présente de nombreux aspects qui en font un tirage intéressant à bien des niveaux. J'aimerais donc revenir sur ceux qui me paraissent les plus remarquables afin de mettre en relief certaines des possibiités d'explorations offertes par cette méthode. J'aimerais également montrer que la Croix Celtique n'est pas difficile à effectuer en soi, pour peu que l'on s'y prenne avec méthode. Là où certains voient une structure rigide se trouve en réalité de multiples niveaux de lecture qui révèlent bien davantage qu'on ne pourrait le penser de prime abord !

 

Un tirage multi-usages
La Croix Celtique permet un large éventail d'explorations. Faut-il pour autant considérer cette méthode comme un « tirage à tout faire » ? Non, bien sûr : comme toute autre méthode, son intérêt est très vite limité si l'on cherche à l'employer à tort et à travers. Aussi, pour en tirer tous les bénéfices – et en faire profiter le consultant ! –, il est indispendable de commencer par se demander à quoi sert ce tirage et à quels types d'interrogations il peut répondre.

Tout d'abord, la Croix Celtique peut se faire sans question. Dans ce cas, on examine la situation générale du consultant de ses racines à son issue la plus probable en passant par les principales influences que subit cette situation, qu'elles soient intérieures ou extérieures. On a ainsi un aperçu de ce qui se passe autour du consultant, à la fois sur le plan chronologique, sur ce qui est visible et s'exprime autour de lui, mais aussi sur ce qui se passe en lui-même, sur son propre rapport à ce qu'il vit.

Lorsqu'il est effectué avec une question, ce tirage permet d'explorer une situation donnée en profondeur car il tient compte de l'ensemble des aspects qui peuvent l'influencer. Conscient de tous les enjeux qui se présentent à lui, le consultant a alors toutes les clefs en main pour parvenir à tirer le meilleur parti de sa situation et atteindre ses objectifs (dans la mesure du possible, bien sûr). Il peut ainsi être vigilant et déjouer les pièges qui se mettraient en travers de son chemin, qu'ils soient le résultat de circonstances extérieures ou de sa propre approche de la situation. Ce tirage est donc particulièrement indiqué dans les cas où l'on a besoin d'avoir une vision d'ensemble d'une situation afin de mettre en place les stratégies qui permettront au consultant de parvenir à ses fins. Utilisée avec une question, la Croix Celtique aide à prendre en compte tous les éléments qui composent une problématique donnée. Dès lors, le consultant peut décider des suites à donner et des pistes à emprunter selon l'issue vers laquelle il souhaite se diriger.

Parmi les situations qui se prêtent le mieux à une exploration par la Croix Celtique se trouvent notamment toutes les constructions de projets, quel que soit le domaine concerné. Par exemple, si l'on est sur le point de créer une entreprise, on aura un aperçu concret et complet du chemin parcouru et à parcourir jusqu'à la concrétisation du projet. Ainsi, seront mis en relief les fondements et les racines du projet (le travail accompli et les motivations), leurs conséquences sur le présent et le futur (les dispositions présentes, le potentiel), mais aussi les interrogations très personnelles que l'on peut nourrir dans ce type d'entreprise (les craintes, les espoirs, l'image que l'on renvoie au monde extérieur, celle que l'on a de soi-même et de la situation).

De la même façon, les nouveaux départs, qu'ils soient professionnels ou non, sont particulièrement appropriés pour une exploration avec la Croix Celtique : nouvelle activité (reconversion professionnelle), nouveau poste, nouveau départ d'une relation (sentimentale ou non), nouvelle relation amoureuse, etc. Il sera alors question de définir quelles sont les énergies en présence et qui favorisent ou non la réussite du consultant, mais aussi de cerner de quelle manière il peut s'employer à mettre toutes les chances de son côté pour tirer le meilleur parti de la situation, notamment en travaillant sur lui-même.

La Croix Celtique aide aussi à trouver son chemin lorsqu'on a du mal à savoir quelle attitude adopter, et ce quelle que soit la situation. Elle fournit alors de précieux conseils quant à la manière d'aborder les choses et révèle aussi bien ce qu'il est conseillé de mettre en avant que à quoi il est important d'être vigilant. Le consultant peut ainsi travailler à s'affranchir de ses craintes, ramener ses espoirs à des dimensions réalistes, avoir une image de lui-même plus objective, et se détacher de sa peur du regard d'autrui. Cette méthode est donc très intéressante pour qui souhaite trouver sa voie et se remettre en question dans le but de se réaliser au mieux.

 

De multiples niveaux de lecture
En plus du large éventail qu'elle couvre en termes d'exploration, j'apprécie la Croix Celtique pour les différents niveaux de lecture qu'elle permet. En un seul tirage, on a ainsi un instantané de la situation, une approche chronologique, le point de vue du consultant, celui des personnes qui l'entourent, et un aperçu de l'issue probable de la situation. Grâce à tout ceci, on obtient une image très complète des multiples influences qui affectent la question posée ou la situation examinée.

Le cœur de la croix, formé par les lames 1 et 2 (ou 1, 2 et 3, ou encore S, 1 et 2 selon les variantes), présente la problématique à explorer et les influences qu'elle subit directement. On cerne ainsi dès le départ les grandes lignes et les principales pistes dont il sera important de tenir compte pour trouver les solutions adéquates. La situation est montrée telle qu'elle est ou telle qu'elle affecte le consultant, y compris dans les difficultés et les oppositions qu'il y rencontre. Voilà qui permet d'avoir une vision claire et relativement objective des enjeux soulevés par la situation ou la question posée.

Les lames qui entourent le cœur de la croix sont à considérer en deux temps. Tout d'abord, l'axe horizontal évoque les aspects chronologiques qui ont mené à la situation présente ou qui en découleront. Ainsi, on comprend les racines de la situation actuelle et éventuellement d'où viennent les difficultés que l'on rencontre au moment du tirage, et l'on aperçoit également ce vers quoi on se dirige en prolongeant les dynamiques présentes. Selon les variantes de cette méthode, les positions liées au passé et au futur (proche) dont il est ici question sont fixes (passé à gauche, futur à droite) ou dépendent de la direction du regard du Signifiant, qui est choisi parmi les lames de la cour royale. Ensuite, l'axe vertical est quant à lui le plus souvent lié aux aspects conscients et inconscients de la situation. Ainsi, la lame qui se trouve en dessous du cœur de la croix évoque soit les facteurs cachés ou inconscients qui contribuent à faire de la situation ce qu'elle est au moment du tirage, soit les fondements du problème, c'est-à-dire les raisons profondes de son existence actuelle. Celle qui couronne le cœur de la croix révèle quant à elle les facteurs conscients – y compris dans l'attitude du consultant – ou donne un aperçu de la meilleure issue possible pour la situation ou du but que vise le consultant.

Ces influences directes, immuables ou presque et factuelles qui gravitent directement autour de la situation sont compétées par la colonne de lames située à droite de la croix, qui présente les influences en quelque sorte « périphériques », c'est-à-dire ce sur quoi le consultant peut agir plus ou moins directement. Ainsi, on explore les aspects intérieurs qui caractérisent le consultant et la manière dont il envisage sa situation, notamment à travers les lames 7 et 9 (ou 8 et 10, si l'on utilise la Croix Celtique dite traditionnelle), qui permettent pour la première de prendre conscience de la manière dont le consultant vit la situation intérieurement, et pour la seconde de cerner les espoirs et les craintes qu'il nourrit envers celle-ci. De cette façon, le consultant peut travailler sur lui-même, et réajuster ses espoirs et ses peurs afin qu'ils soient plus réalistes par rapport aux véritables enjeux de la situation. En relativisant de la sorte, il peut alors mettre toutes les chances de son côté pour influencer la situation et en favoriser une issue qui lui soit bénéfique.

Il va sans dire que comme dans toute situation, le consultant n'est pas le seul à décider de la tournure que prennent les choses. La Croix Celtique tient compte de cette réalité en ne négligeant pas l'importance du monde extérieur et son influence sur ce que vit le consultant. En effet, la lame 8 (ou 9, si l'on utilise la Croix Celtique dite traditionnelle) renseigne sur l'environnement, la réalité extérieure, ou l'image publique du consultant, ce qui l'aide à confronter ce qu'il vit intérieurement à ce qui se passe autour de lui et à la manière dont tout ceci résonne avec les dynamiques qui régissent le monde extérieur. Là encore, il pourra réfléchir aux stratégies à mettre en place pour faire en sorte d'influencer son environnement ou réajuster l'image qu'il projette de lui-même afin qu'ils contribuent eux aussi à le rapprocher de l'objectif qu'il s'est fixé ou de la meilleure issue possible.

Enfin, les différentes facettes qui sont montrées de l'évolution de la problématique sont très intéressantes et, là encore, complémentaires. Tout d'abord, la croix comporte une lame évoquant le futur proche ou la stratégie future du consultant. Ensuite, si l'on opte pour la Croix Celtique dite traditionnelle ou la Croix Celtique selon A.E. Waite, la lame 6 ou 3 (respectivement) montre également un aperçu de la meilleure issue possible de la situation, c'est-à-dire des potentiels qu'elle contient et qui peuvent devenir réalité si l'on s'y prend bien. La colonne comporte elle aussi une ou deux lames (si l'on utilise la Croix Celtique Wellsienne) donnant une ouverture vers l'issue de la situation. Dans tous les cas, la lame qui se trouve au sommet de la colonne présente l'issue probable de la situation, c'est-à-dire celle qui se manifestera concrètement si l'on tient compte des différents points soulevés par le tirage. Voilà qui implique de trouver les solutions et les stratégies appropriées face à ce qui aura été mis en exergue, et ceci est du ressort du consultant. La Croix Celtique Wellsienne propose une dernière lame qui, décalée par rapport à la colonne, décrit l'issue consciente. Il s'agit de l'issue de la situation telle que la verra le consultant et telle qu'il la vivra, ce qui peut être différent de l'issue objective et absolue. Cette lame apporte donc une nuance supplémentaire qui peut se révéler intéressante dans certains cas.

 

Un tirage intimidant ?
Bien qu'ils soient très intéressants et qu'ils permettent une analyse approfondie d'une problématique donnée, il est vrai que les aspects qui ont été mis en avant jusqu'à présent peuvent sembler complexes à articuler dans une interprétation. Très souvent, je lis ou j'entends autour de moi que cette méthode de tirage est « trop compliquée », qu'elle comporte « trop de cartes » ou encore qu'apprendre toutes les positions des lames est « trop difficile » ou « trop contraignant », ce qui décourage les cartomanciens débutants et confirmés. À première vue, ce tirage peut certes sembler intimidant, mais il est pourtant assez simple à réaliser dès lors que l'on a acquis les principales bases de l'interprétation en cartomancie.

Tout d'abord, il faut autant que possible cesser de l'aborder avec l'idée qu'il est « difficile » ou « compliqué » ! Ce n'est pas parce qu'un tirage comporte « beaucoup » de cartes – tout est relatif – que son interprétation est laborieuse ou qu'il est hors de portée du cartomancien « non expert ». Là encore, la notion d'« expert » reflète plus souvent la confiance que le consultant a en lui-même que ses réelles capacités à déchiffrer les tirages. C'est pourquoi il ne faut pas tomber dans le piège de penser que la Croix Celtique est inaccessible uniquement parce qu'elle combine différents aspects et plusieurs niveaux de lecture.

Comme avec la plupart des méthodes de tirage dites « complexes », il est possible de scinder la Croix Celtique en plusieurs parties, plus faciles à interpréter. Bien sûr, on peut toujours si on le souhaite suivre l'ordre dans lequel les cartes ont été tirées. On a alors une progression intéressante qui part de ce qui caractérise la situation à examiner pour élargir les axes d'exploration à ce qui l'influence et offre la possibilité de la faire évoluer. Cependant, si cet ordre de lecture impressionne, on peut toujours procéder par thématiques en rapprochant les lames qui évoquent des aspects similaires tels que ceux qui ont été soulignés plus haut. On met ainsi en valeur des nuances d'un même thème, ce qui permet d'en aborder les dynamiques complémentaires et de voir comment le tout s'articule. Cette méthode permet de morceler la Croix Celtique et de la rendre plus abordable en cela que l'on procède par étapes, ce qui, psychologiquement, rend la tâche moins insurmontable. Avec l'habitude, on se rendra compte que la Croix Celtique est beaucoup moins difficile qu'on ne le pensait au départ, et l'on parviendra même à combiner l'interprétation par ordre de tirage et l'interprétation thématique, ce qui donnera encore plus de profondeur à l'analyse. La structure de cette méthode de tirage apparaîtra également comme plus logique, et donc plus aisée à assimiler. Le tout est de procéder pas à pas et de prendre son temps !

 

Comme à peu près tout le monde, j'ai moi aussi eu des difficultés à utiliser la Croix Celtique et pendant longtemps, je l'ai délaissée au profit d'autres méthodes de tirage qui m'étaient plus confortables. Ce n'est qu'au fil des années que je m'y suis intéressée avec la ferme intention d'en comprendre les multiples aspects, de les articuler et de voir comment je pouvais en tirer les bénéfices et en faire profiter mes consultants. Plus je l'étudiais, plus elle m'intéressait... et moins elle m'impressionnait ! Du coup, je n'hésite plus aujourd'hui à l'utiliser en consultation, que ce soit en tirage général pour faire le point sur ce que vit le consultant ou pour analyser une situation donnée et en dégager les points qui aideront le consultant à en mesurer les différents aspects. La variante vers laquelle je me tourne dépend bien sûr de ce qu'il sera pertinent de mettre en relief pour aider au mieux le consultant à résoudre ce qui le préoccupe.

La Croix Celtique est une méthode très intéressante, à condition bien sûr de l'employer à bon escient. Une fois que l'on a compris à quels types de questions elle peut répondre et quelles situations elle permet d'examiner, elle devient plus abordable et l'on peut mieux en cerner les utilités. En l'étudiant, on aura plaisir à repérer les résonances entre les différentes positions pour en faire bon usage dans les analyses, ce qui contribuera non seulement à affiner les interprétations, mais aussi à donner confiance au cartomancien, qui sera par conséquent moins intimidé par cette méthode qui suscite généralement beaucoup d'appréhension.

Pour aller plus loin, je vous invite à vous familiariser avec plusieurs variantes de la Croix Celtique, que vous trouverez sur ce blog : la Croix Celtique Traditionnelle, la Croix Celtique selon A. E. Waite, la Croix Celtique Wellsienne, et la Croix Celtique Simple. Si vous êtes curieux et souhaitez en apprendre davantage sur ce mode de tirage et ses subtilités, je vous encourage également vivement à découvrir la passionnante série d'articles de Theresa Reed, alias The Tarot Lady, qui propose de décortiquer la Croix Celtique. Vous y trouverez un grand nombre d'astuces qui vous aideront à entrevoir les multiples possibilités et subtilités de cette méthode de tirage. Et bien sûr, si vous avez besoin d'aide pour mieux connaître la Croix Celtique tout en l'abordant de manière ludique, je serais ravie de vous retrouver pour que nous prenions le temps d'examiner cela ensemble autour d'un thé et/ou d'une gourmandise !

Et vous, appréciez-vous cette méthode de tirage ? La pratiquez-vous ?

 

 

(© Morrigann Moonshadow, le 29 juin 2017. Reproduction partielle ou totale strictement interdite)

Les dangers de la cartomancie

Article rédigé par mes soins. Reproduction interdite.

 

La cartomancie est-elle dangereuse ? Voilà une interrogation qui revient souvent, que ce soit de la part de néophytes qui aimeraient apprendre à pratiquer cette discipline ou de personnes qui souhaiteraient consulter mais qui sont retenues par la peur de l'inconnu. Que ce soit à travers les moteurs de recherche ou lors des premiers contacts avec des consultants et des élèves, ce sujet est très souvent abordé, non sans une certaine timidité. Pourtant, il n'y a pas de quoi se sentir bête de poser ce genre de questions, bien au contraire ! Mieux vaut partir du bon pied et chercher à comprendre d'emblée les fonctionnements d'une discipline qui semble mystérieuse plutôt que de s'enfermer dans des préjugés qui n'auront d'autre effet que d'amplifier la peur.

À travers cet article, je vais tenter de clarifier certains points liés aux dangers supposés de la cartomancie. D'où vient cette crainte ? À quoi pense-t-on habituellement lorsqu'on formule ce type de question ? Quels sont les réels dangers de la cartomancie ? Telles sont les problématiques qui seront traitées ici. Tout d'abord, je m'attacherai à expliquer certains des mécanismes relatifs aux fonctionnement de cet art afin de tordre le cou à quelques idées reçues largement répandues, puis dans un second temps j'évoquerai quelques comportements relatifs à la cartomancie, qu'ils soient l'œuvre de l'interprète ou du consultant, qui peuvent constituer des risques réels.

 

Les risques liés à la pratique de la cartomancie
À quoi fait-on appel lorsqu'on tire les cartes ? La question des éventuels dangers de la cartomancie dissimule souvent une interrogation concernant les fonctionnements de cette discipline. C'est la plupart du temps ce que révèle une discussion avec celui ou celle qui la pose.

La pratique de la cartomancie en elle-même, qui consiste en quelques actions simples comme mélanger le jeu, tirer un certain nombre de cartes et les interpréter, ne fait courir aucun risque à celui qui y recourt. On entend parfois çà et là des personnes assurer sur un ton très docte qu'il faut absolument « se protéger », sans quoi on pourrait bien déclencher une catastrophe : ouverture d'une porte vers les Enfers, s'attirer les foudres d'esprits malfaisants qui nous poursuivraient sur plusieurs générations, se faire posséder par une « entité » malveillante, convoquer les morts ou encore invoquer une horde de démons déchaînés (barrer la/les mention(s) inutile(s)). Tout ceci peut sembler farfelu, mais bien que le trait soit à peine grossi ici, ces clichés sont bien réels et largement répandus.

Comme toute idée reçue, ils ne trouvent de terrain fertile que lorsqu'ils atteignent des personnes non informées, qui manquent donc de recul et ne peuvent par conséquent pas mettre en perspective ce qu'elles entendent. Afin de se détacher de ces inepties, il faut se pencher sur ce qu'est la cartomancie et comment elle fonctionne.

Techniquement, la pratique de la cartomancie consiste comme je l'évoquais plus haut en une série de gestes qui ont pour objectif de trouver des éléments de réponse à une question posée. Ainsi, on commence par formuler une question sur laquelle on se concentre mentalement. Toujours en ayant la question à l'esprit, on mélange le jeu, on coupe, puis on l'étale en éventail devant soi. On tire ensuite un certain nombre de cartes que l'on positionne selon un schéma donné. On retourne les cartes face visible et l'on se lance enfin dans leur interprétation. À aucun moment dans ce processus il n'est question de s'adresser à qui que ce soit ou d'invoquer quoi que ce soit. La cartomancie n'est pas un acte magique, pour la simple raison que les cartes ne possèdent pas de personnalité : ce ne sont que des morceaux de carton sur lesquels figure un certain nombre de symboles. Elles n'ont donc aucun « pouvoir » et leur maniement n'est pas lié à l'intervention du « surnaturel ».

Ce type de croyance relève de l'ignorance du mode de fonctionnement de la cartomancie. On sait que c'est efficace, mais parce qu'on ne sait pas l'expliquer, on va chercher des justifications qui défient l'entendement. Pourtant, on dispose d'éléments permettant de comprendre ce qui se passe lorsqu'on tire les cartes.

Tout d'abord, il faut tenir compte du fait que les cartes s'interprètent selon des grilles de lecture bien définies, qui font appel à un langage symbolique s'inscrivant dans un ou des système/s culturel/s particulier/s. Ainsi, chaque élément illustré représente une idée, une notion, et lorsqu'on en compte plusieurs, ils s'associent et se combinent pour raconter une histoire ou évoquer un ensemble d'aspects. Or, il se trouve que les éléments illustrés par les différents symboles présents sur les cartes dépeignent les événements qui ont lieu dans la vie du consultant, des aspects de celle-ci ou des forces et énergies qui la régissent.

Il est communément accepté que les cartes, qu'elles soient de tarot ou qu'elles appartiennent à des oracles, soient un moyen de mettre en évidence le lien invisible qui existe entre le plan conscient et le plan inconscient. En d'autres termes, on considère que l'esprit humain est fait de deux plans : le plan conscient et le plan inconscient. Si l'on a aisément accès au plan conscient, le plan inconscient s'exprime de manière plus subtile, voire invisible ou imperceptible. C'est là que les cartes interviennent : elles aident l'inconscient à s'exprimer et à révéler la perception profonde qu'a le consultant de la situation qui le préoccupe et qu'il soumet à leur examen.

Dans cette optique, on comprend que les cartes ne sont autres qu'un miroir de soi. Lorsque le consultant ou le cartomancien prend les cartes dans l'éventail étalé devant lui, il lui est demandé de le faire le plus naturellement possible, sans réfléchir. Au cours de cette étape, on fait donc appel à l'inconscient, car c'est bien lui qui va diriger la main vers telle carte plutôt que telle autre. La question qui se pose alors est de savoir comment il est possible que les cartes tirées correspondent à la situation du consultant. Dans la continuité de ce qui a été évoqué jusqu'à présent, on considère que dans le monde qui nous entoure, tout est question de vibrations et de résonances. Par conséquent, on admet que les objets et les personnes sont faits d'énergies qui s'accordent plus ou moins bien avec les nôtres, d'où notamment certaines affinités que l'on peut ressentir lors d'un premier contact. C'est également ce qui se passe lorsqu'on tire les cartes : guidée par l'inconscient, la main prend naturellement les cartes dont les symboles résonnent le mieux avec notre situation. C'est pourquoi elles la décrivent et en montrent des aspects qui viennent compléter ce dont on avait déjà conscience.

Comme on peut le voir en détaillant les aspects mécaniques de la cartomancie, la pratique de cette discipline ne présente aucun danger : elle n'est pas un acte magique, pas plus qu'elle ne nécessite une quelconque communication avec l'au-delà que ce soit ou que l'on ne soit guidé par des démons, mauvais esprits et autres entités. Rien de tout cela, mais au contraire une succession de gestes simples qui permet de laisser s'exprimer l'inconscient afin de mettre en avant des éléments relatifs à des situations précises. Nul besoin pour ce faire d'avoir recours à autre chose qu'en les remarquables fonctionnements de l'esprit humain !

 

Les risques humains
S'il n'y a aucun risque lié aux aspects mécaniques de la cartomancie, il ne faut pas croire pour autant que faire appel à cette discipline ne comporte aucun danger. Il est indispensable de bien comprendre que si danger il y a, celui-ci est humain, car situé dans l'approche et le décorum que l'on n'associe que trop souvent à l'ensemble de pratiques qui vient d'être décrit. Ce sont bien les attitudes humaines qui sont à surveiller, que ce soit du côté de l'interprète ou de celui du consultant. Si chacun adopte un comportement responsable – et réaliste ! – face à la cartomancie et aux possibilités qu'elle offre, alors les dangers s'en trouvent réduits.

Quel que soit le discours du cartomancien, il est important que le consultant soit réaliste quant à la nature de l'aide que la consultation peut lui apporter. En aucun cas il ne doit s'attendre à une résolution miraculeuse ou providentielle de ses soucis, mais plus qu'il ne peut espérer que les choses vues dans les cartes se produisent sans son intervention ! Il est indispensable qu'il comprenne bien que la consultation en cartomancie lui fournira un panorama de ce qui se passe autour de lui, en incluant les causes, le chemin qui l'ont mené là où il est au moment de la consultation. De la même manière, en ce qui concerne les « prédictions », les faits qu'elles évoquent ne sont pas écrits dans le marbre ! Au contraire, comme le présent est la conséquence logique du passé, ce que l'on a tendance à appeler « avenir » n'est autre que l'évolution naturelle de la situation présente. Dès lors, le futur n'est pas fixe mais soumis à changement ! Le consultant doit toujours garder à l'esprit qu'il peut, toute proportion gardée, influer sur les événements voire les modifier pour en améliorer l'issue dans le cas où les tirages laisseraient présager des périodes difficiles. Il est évident que certaines situations ne dépendent pas entièrement du consultant et que d'autres personnes pourraient, à un moment ou un autre, décider de son sort à sa place (entretien d'embauche, etc.). Pourtant, là encore, l'intérêt d'être informé à l'avance des difficultés qui peuvent se poser permet d'anticiper et de mieux se préparer à d'éventuels imprévus ou à des situations problématiques. Ainsi, le consultant peut se montrer plus réactif et rebondir plus facilement, sans être sous le coup d'un effet de surprise qui le priverait temporairement se ses moyens.

Il est donc important que le consultant prenne du recul par rapport à ce qui lui est dit au cours de la consultation, sans considérer ce qu'il entend comme un absolu immuable. Il doit prendre les éléments récoltés comme des aides qui lui permettront de prendre conscience des potentiels des situations qu'il connaît(ra) et d'établir des stratégies afin d'y réagir au mieux. En aucun cas il ne doit adopter une attitude défaitiste ou pessimiste !

Quoi qu'il puisse être dit au cours de la consultation, il dispose de son libre-arbitre et reste maître de ses décisions. Il doit être clair dès le départ que la consultation n'a pour d'autre but que de l'aider à prendre conscience des dynamiques qui s'expriment autour de lui, et qu'il peut utiliser les éléments mis en exergue dans ses choix s'il le souhaite. En aucun cas les cartes ne prennent de décisions à sa place (est-il besoin de rappeler que ce ne sont que de simples morceaux de carton ?), pas plus que ne peut le faire le cartomancien ! Le seul responsable des décisions que prend le consultant est... lui-même !

Quelle que soit l'attitude du consultant, il est indispensable pour le cartomancien de se fixer une ligne de conduite claire, nette et précise, à laquelle il ne dérogera pas. De préférence, celle-ci sera explicitée sur son site ou dans ses brochures, à moins qu'il ne préfère en discuter avec le consultant en début de consultation afin de s'assurer que ce dernier ait bien saisi le but du rendez-vous. Par exemple, la ligne de conduite que je me suis fixée lorsque j'ai professionnalisé mon activité est consultable sur mon site sous la forme de mon code éthique. Je m'assure de ne pas en dévier afin de garantir à mes consultants des prestations à travers lesquelles ils seront certes aidés, mais surtout maîtres de la situation. J'insiste bien sur le fait que quoiqu'il soit dit, ils demeurent les seuls à prendre les décisions qui les concernent.

Pourtant, on trouve des cartomanciens qui n'hésitent pas à jouer de la position de pouvoir qu'ils occupent par rapport à leurs consultants pour les influencer et tenir des discours insinuant qu'ils détiennent une vérité absolue et qu'ils savent donc mieux que le consultant ce qui lui convient ou non. Ce type de comportement est extrêmement dangereux car il revient à profiter de la situation de faiblesse dans laquelle peut se trouver le consultant, ou du moins de sa grande vulnérabilité. La consultation est un moment chargé d'émotions, et il est important que le cartomancien n'abuse pas de sa position et de l'autorité qu'il peut avoir sur le consultant pour le manipuler de quelque manière que ce soit.

C'est pourquoi il faut être particulièrement vigilant aux propos que l'on tient lorsqu'on se trouve en position d'interprète, sans quoi l'on a vite fait de donner de faux espoirs au consultant en termes d'attentes ou au contraire de susciter en lui des peurs irraisonnées. D'où l'intérêt d'une approche humble de sa discipline, qui ne visera pas à faire passer le cartomancien pour quelqu'un d'infaillible ! S'il est en effet un point sur lequel il est indispensable d'insister, c'est bien le caractère profondément humain de l'interprétation des cartes. La qualité de l'interprétation des cartes est liée à la bonne compréhension des symboles présents sur les lames. Ainsi, meilleure sera la connaissance de ce langage par le cartomancien, et plus intéressante (et utile !) sera la consultation pour le consultant ! Ceci dit, il ne faut jamais se montrer présomptueux et croire ou laisser entendre que l'on ne peut se tromper. Si les cartes reflètent effectivement la situation du consultant, les symboles qu'elles présentent peuvent toujours être interprétés de plusieurs manières. Par conséquent, il est tout à fait possible pour le cartomancien d'opter pour une signification qui ne correspondrait pas à ce que vit celui qui le consulte. D'où l'importance de rester réaliste quant à ses propres capacités de lecture d'un tirage.

Dans tous les cas, l'attitude et le discours du cartomancien se doivent de rester rationnels et réalistes par rapport à la discipline qu'il pratique. En aucun cas il ne doit se faire passer pour un prophète ou pour quelqu'un d'exceptionnel, pas plus qu'il ne doit laisser entendre au consultant qu'il détient la vérité ou qu'il est infaillible. Il n'est pas non plus investi de « supers-pouvoirs » qui le mettraient en relation avec des « sphères supérieures » ou autres. Ce type de posture, que l'on ne voit (hélas, trois fois hélas !) que trop souvent, est à laisser aux artistes qui se produisent dans des foires ou des salles de spectacles et qui assument leur qualité d'amuseurs publics, mais n'a rien à faire dans une consultation digne de ce nom !

 

À la lumière de ces éléments, on comprend que la cartomancie en elle-même ne présente aucun danger. En revanche, la manière dont on l'aborde et dont on la diffuse peut se révéler dangereuse. Les véritables dangers ne sont pas mécaniques (c'est-à-dire qu'ils ne sont pas liés aux gestes effectués ou aux cartes en elles-mêmes), mais humains. Aussi, nul risque de voir apparaître un démon au beau milieu de votre salon en représailles d'un tirage, ni d'être maudit sur sept générations ou plus si vous manipulez régulièrement des cartes divinatoires. Rien à craindre, donc, du côté de l'invisible et des autres plans de l'existence !

Non, les dangers sont bel et bien humains, et ce sont les seuls que vous pourrez rencontrer : un consultant qui s'attend à ce que la consultation (ou l'interprète) lui dise ce qu'il doit faire ou prenne les décisions à sa place, une attitude défaitiste ou fataliste quant aux « prédictions ». Si on le laisse s'installer, le phénomène d'addiction, qui découle directement de ce qui vient d'être évoqué, sera également le pire ennemi du consultant, qui se reposerait beaucoup trop sur les cartes et compteraient sur elles pour la moindre prise de décision.

C'est pourquoi il est du devoir du cartomancien de se montrer rassurant et d'informer clairement le consultant quant au service auquel il s'apprête à avoir recours. Aussi, on évitera les discours nébuleux et prétentieux assurant que l'on ne se trompe jamais ou que l'on est en contact permanent avec tels ou tels Être Surnaturel, entité, plan de l'existence, dieu, maître spirituel, etc. (rayez les mentions inutiles). Il est essentiel de veiller à la bonne information du consultant, qui passe par une attitude rationnelle et raisonnée. Une pratique saine doit être privilégiée : ce sont les connaissances de l'interprète quant au langage symbolique et à la portée initiatique et divinatoire des supports qu'il utilise qui fait la qualité de l'expérience pour le consultant... et rien d'autre, mis à part le tact avec lequel les « prédictions » sont formulées ! On évitera ainsi au consultant (et à soi-même !) bien des déboires !

 

 

(© Morrigann Moonshadow, le 23 février 2015. Reproduction partielle ou totale strictement interdite.)

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Tarot de Marseille et Rider-Waite Smith Tarot: comment différencier ces deux traditions divinatoires

Article rédigé par mes soins. Reproduction interdite.

 

Tarot de Marseille et Rider-Waite Smith TarotOn imagine souvent que l’expression « tarot divinatoire » ou le terme « tarot » sont des abréviations désignant le tarot de Marseille. Pourtant, il n’en est rien. Il existe en réalité plusieurs traditions de tarots divinatoires, mais celles-ci sont souvent peu distinguées les unes des autres en France, où l’on tend à oublier que le substantif « tarot » désigne l’outil utilisé en tant qu’objet (type de support divinatoire) tandis que les qualificatifs qui l’accompagnent identifient la tradition à laquelle celui-ci est rattaché (de Marseille, Rider-Waite Smith, etc.).

Dès lors, il convient de faire la distinction entre les différentes traditions afin d’être certain de ne pas faire de contresens dans l’utilisation que l’on fait de son support. Se pose alors une question épineuse : comment identifier un tarot de Marseille, un Rider-Waite Smith tarot, un tarot mixte ou un Thoth ? Si le connaisseur entraîné y est habitué, la plupart des utilisateurs éprouvent davantage de difficultés à s’acquitter de cette tâche, allant parfois jusqu’à penser que leur jeu est « faux » parce que telle ou telle lame porte un numéro différent de celui qui lui est attribué dans le tarot de Marseille de référence.

C’est pourquoi je me concentrerai ici sur deux traditions de tarots divinatoires, qui sont pour la première celle que le grand public connaît le mieux (du moins de nom), et pour la seconde la tradition à laquelle appartient la grande majorité des jeux qui sont publiés de nos jours. En effet, si le tarot de Marseille reste en France le premier – et habituellement le seul – type de tarot auquel on pense, on ignore souvent que la plupart des jeux que l’on trouve dans le commerce ne sont pas, justement, des tarots de Marseille, mais des tarots appartenant en réalité à la tradition Rider-Waite Smith ! D’où l’importance de pouvoir identifier le type de tarot auquel on a affaire, d’autant que l’utilisation de l’un et de l’autre diffère sur certains points.

Cet article vise donc à aider les passionnés de jeux divinatoires à identifier deux des traditions les plus utilisées en matière de jeux, ce qui leur permettra de toucher du doigt l’étendue infinie des richesses de l’un des outils les plus répandus en cartomancie. Pour ce faire, il sera nécessaire de commencer par donner une définition précise de ce qu’est un jeu de tarot. Une fois ces repères posés, il sera intéressant de voir de quelle manière les deux traditions auxquelles je me référerai sont liées historiquement et en quoi l’une est une forme d’évolution de l’autre dans les idées qu’elle véhicule. Enfin, on s’attardera sur les principaux éléments qui permettent de différencier avec précision un tarot de Marseille et un tarot de tradition Rider-Waite Smith.

 

Qu'est-ce qu'un tarot divinatoire ?
Le tarot possède une structure fixe et invariable : 78 lames réparties en 22 arcanes majeurs et 56 arcanes mineurs. Les arcanes majeurs sont une suite de figures archétypales et constituent le cycle initiatique qui marque les différentes étapes de l’évolution de l’homme au cours de sa vie. Les arcanes mineurs, quant à eux, sont répartis en quatre suites, à savoir les Bâtons, les Coupes, les Épées et les Deniers (pour le tarot de Marseille) ou les Pentacles (pour le Rider-Waite Smith tarot). Chacune de ces suites comporte un As, neuf numéraires (lames numérotées de Deux à Dix) et une cour royale composée de quatre figures (un Valet – ou Page dans la tradition Rider-Waite Smith – un Cavalier, une Reine et un Roi).

Bien que certains jeux soient appelés « tarots » dans le commerce, ceux-ci ne se conforment parfois pas aux éléments de structure qui viennent d’être évoqués. On comprend alors que ces jeux sont plutôt des oracles que des tarots, et il est important de les prendre en tant que tel lorsqu’on souhaite les utiliser.

 

Quelques repères historiques
Historiquement, les plus anciens jeux de tarots divinatoires recensés datent du XIVème siècle et ont été retrouvés en Italie. Ceux-ci ont sensiblement évolué au fil des siècles, notamment en voyageant à travers l’Europe, et en particulier en France où ils se sont installés à différents endroits comme à Besançon ou à Marseille, où ils ont pris peu à peu la forme qu’on leur connaît aujourd’hui. C’est de cet héritage que s’est forgé le tarot de Marseille tel qu’il est publié aujourd’hui.

Le tarot dit « de Marseille » est marqué par les influences culturelles qui dominaient l’époque à laquelle il a commencé à se développer. Ainsi, on y trouve un certain nombre de références qui l’inscrivent de façon appuyée dans la culture judéo-chrétienne, tant dans les archétypes qu’il présente que dans la vision du Monde qu’il véhicule.

Au cours des siècles, les occultistes français se sont amplement penchés sur le tarot, chacun allant de ses explications – et élucubrations – quant à l’histoire de l’outil et la portée symbolique, initiatique et divinatoire de ses lames. C’est ainsi que se sont répandues des idées fausses qui perdurent encore parfois aujourd’hui, telles que par exemple l’origine tantôt égyptienne, tantôt chinoise, ou encore indienne ou arabe du tarot, que l’on doit entre autres à Court de Gébelin puis à Etteilla, qui les prolongea en fondant ses pratiques dessus. Ces deux occultistes du XVIIIème siècle ont largement influencé les pratiques divinatoires en matière de cartomancie, et certaines de leurs théories infondées ont perduré… jusqu’à ce qu’elles soient remises en question et infirmées par les recherches d’un Anglo-Américain nommé Arthur Edward Waite.

En 1909, ce membre de la Golden Dawn, un ordre hermétique très développé en Grande-Bretagne, décide après des recherches méthodiques de produire un tarot « rectifié ». Ce faisant, il compte d’une part invalider les théories farfelues de ses prédécesseurs en avançant des preuves historiquement irréfutables, et d’autre part détacher le tarot de la prédominance de la culture judéo-chrétienne en tant qu’ensemble de valeurs religieuses. Au lieu d’une vision du Monde présentée d’un point de vue religieux, Waite opte pour une approche universelle où certains symboles judéo-chrétiens restent présents mais ne véhiculent plus de dogmes, étant plutôt abordés en tant que mythes fondateurs de l’humanité.

Pour ce faire, il engage l’artiste Pamela Colman Smith, elle aussi membre de la Golden Dawn, à qui il demande d’illustrer les soixante-dix-huit lames de son tarot. En décembre 1909, une première édition est publiée, rapidement suivie en 1910 d’une nouvelle, qui rassemble cette fois-ci le jeu et le traité qui l’accompagne. Dans ce volume intitulé The Pictorial Key to the Tarot : Being Fragments of a Secret Tradition under the Veil of Divination, Waite explique sa démarche et fait un compte-rendu de ses recherches. Ainsi, il dresse un bilan des ouvrages publiés et du travail de ceux qui l’ont précédé jusqu’alors en corrigeant les points que ses propres recherches l’ont conduit à certifier comme erronés. La plus grande partie de l’ouvrage est consacrée à la présentation détaillée du jeu et de la totalité de ses lames, à la fois sur les plans initiatique, symbolique et divinatoire.

Publié chez William Rider & Son, le jeu est alors connu sous le nom de « Rider-Waite Tarot ». Ce n’est que plus récemment que l’usage et les utilisateurs du jeu ont décidé de rendre hommage à Pamela Colman Smith et d’ajouter son patronyme à ceux de l’éditeur et de l’auteur afin de faire honneur au talent de l’artiste. C’est ainsi que l’on trouve désormais l’appellation « Rider-Waite Smith Tarot ».

 

Les principales différences entre un tarot de Marseille et un Rider-Waite Smith Tarot
Comme on peut s’y attendre d’après ce qui vient d’être évoqué, Waite n’a bien sûr pas produit de copie conforme du tarot de Marseille lorsqu’il a élaboré son propre jeu. Il y a au contraire apporté un certain nombre de modifications qu’il est important de présenter.

La structure
Si la structure générale du jeu reste la même puisque les deux supports sont des tarots (22 lames majeures + 56 lames mineures = 78 lames), leur structure interne diffère sur plusieurs points qui font l’identité culturelle et spirituelle de chacune des deux traditions dont il est ici question.

Le tarot, quelle que soit la tradition à laquelle il s’apparente, dépeint la structure du Monde, c’est-à-dire que les soixante-dix-huit lames qu’il contient évoquent la totalité des événements qui peuvent y survenir, tant sur le plan humain que sacré. Ce sont d’ailleurs ceux-ci que symbolise le découpage en arcanes majeurs et mineurs : les arcanes majeurs, constitués d’archétypes, dépeignent ce qui se passe sur le plan sacré de l’existence, tandis que les mineurs illustrent le plan humain. En d’autres termes, les vingt-deux arcanes majeurs marquent les différentes étapes du cycle initiatique de l’âme, de l’évolution de l’être, alors que les cinquante-six mineurs montrent les événements terrestres, ceux de la vie quotidienne. Sur le plan divinatoire, les lames majeures reflètent donc les éléments importants de la vie, comme par exemple les grands changements, les moments clés, ceux qui sont incontournables dans la vie du Consultant, ceux qui sont mis sur son chemin par les plans supérieurs de l’existence. Les lames mineures quant à elles décrivent l’évolution de la vie avec les quatre grandes énergies qui la régissent. Ainsi, chacune des quatre suites est associée à un élément : les Bâtons sont liés au Feu, les Coupes à l’Eau, les Épées à l’Air et les Deniers – pour le tarot de Marseille – ou les Pentacles – pour le Waite – à la Terre. Les arcanes majeurs représentent quant à eux l’esprit.

D’après ce qui vient d’être expliqué, on remarque d’ores et déjà une première grande différence entre les deux traditions, et celle-ci se situe au niveau des lames mineures : dans le tarot de Marseille, la suite rattachée à l’élément Terre s’appelle « les Deniers », tandis que la tradition Waite opte plutôt pour des Pentacles. Si dans les deux cas la suite fait référence au domaine matériel, elle n’est pas abordée de la même manière dans l’une et l’autre tradition. En effet, le tarot de Marseille met l’accent sur l’aspect financier du domaine matériel, le denier étant une pièce de monnaie, tandis qu’avec les Pentacles, le Waite ne se limite pas à l’argent mais étend le symbole relatif à cette suite à l’ensemble du domaine matériel en évoquant tout ce qui a trait à ce domaine, à savoir le travail qui permet de récolter les fruits de ce que l’on sème, les possessions matérielles, les structures (notamment familiales), et tout ce qui peut être lié à la Terre. Ceci est d’ailleurs confirmé par les illustrations qui agrémentent cette suite.

Cette remarque en amène une autre, toujours relative aux arcanes mineurs. L’une des différences majeures entre les deux types de jeux, à la fois sur les plans visuel et symbolique, se trouve dans la manière dont les mineurs sont traités : s’ils ne sont pas illustrés dans le tarot de Marseille, il n’en va pas de même dans le Waite où sur chaque lame se trouve une saynète illustrant symboliquement l’ensemble des significations qui lui sont attribuées, tant sur le plan initiatique que divinatoire.

Comparaison des mineures

Cette différence de traitement n’est pas sans conséquences sur la structure symbolique de chaque tradition et de l’utilisation que l’on fait des jeux qui s’y rattachent. Dans le tarot de Marseille, on constate une séparation nette entre le plan sacré et le plan profane (humain) puisqu’il n’y a pas de continuité visuelle entre les lames majeures et les mineures. En termes de symbolique, cela signifie que ces deux plans restent séparés et qu’ils ne s’interpénètrent pas. C’est pourquoi en pratique on a tendance autant que possible à ne pas mélanger les arcanes majeurs et mineurs pour les tirages, mais plutôt à utiliser les majeurs dans un premier temps, puis les mineurs, faisant écho à la structure visuelle du jeu. Le Waite marque au contraire une certaine continuité visuelle entre les deux plans puisque l’intégralité de ses lames est illustrée. Ceci induit l’idée non plus d’une séparation, mais bien d’une connexion entre les deux plans, qui deviennent alors indissociables. C’est pour cette raison que les lames majeures et mineures sont mélangées et utilisées ensemble lors des tirages, ce qui permet de voir lors de l’interprétation de quelle manière l’un et l’autre plan se combinent et s’entremêlent pour intervenir dans la vie du consultant.

L’autre modification importante apportée par Waite à la structure du tarot se situe au niveau de la place de deux arcanes au sein du cycle initiatique décrit par les majeurs. En effet, Waite a inversé la Force et la Justice par rapport à la place qu’elles occupent dans le Marseille, où la Justice est en VIII et la Force en XI. Les jeux de tradition Waite présentent au contraire la Force en VIII et la Justice en XI, ce qui a bien sûr un impact sur le déroulement du cycle initiatique que forme l’ensemble des lames majeures puisque l’ordre de ses différentes étapes s’en trouve altéré.

Les archétypes utilisés
Afin d’affranchir son jeu de l’identité judéo-chrétienne qui prédomine dans le tarot de Marseille et de le rendre plus universel en laissant transparaître certains principes véhiculés par la Golden Dawn, Waite décide également de revoir quelques-uns des archétypes qui composent le cycle des majeurs. Si toutes les lames majeures comportent des nuances par rapport à celles contenues dans le tarot de Marseille, certaines sont marquées visuellement par les changements voulus par l’occultiste anglo-américain et se distinguent en outre par un changement d’appellation qui, bien qu’il soit ignoré par les éditeurs francophone lors des traductions en langue française, reste très important.

Lame I. Le Bateleur - The MagicianAinsi, le Bateleur du tarot de Marseille devient le Magicien (the Magician) et, bien que la lame reste dans le même ordre général d’idée, la manière dont elle est traitée est très différente. En effet, le tarot de Marseille présente un jongleur, un démonstrateur sur la place publique. Celui-ci manipule les quatre éléments que l’on retrouve en tant que symboles des suites des lames mineures. Dans la tradition Waite, la lame I dépeint un personnage masculin en train d’effectuer un rituel de magie cérémonielle. Sur l’autel devant lui sont disposés les outils rituels, qui ne sont autres que les symboles des quatre suites mineures. Sur chacune des deux cartes, ces symboles évoquent les quatre éléments qui composent le Monde (Feu, Eau, Air, Terre), à la différence près que dans le tarot de Marseille, le Bateleur les manipule sur le plan profane tandis que le Magicien le fait en touchant au sacré. Revêtant un habit de cérémonie, il se tient devant l’autel, baguette à la main, dans une position caractéristique qui fait référence au principe hermétique selon lequel « tout ce qui est bas est comme ce qui est en haut » : le bras droit – dont la main tient la baguette – est levé vers le ciel tandis que le gauche est dirigé vers le bas, l’index pointant vers le sol. Par ce geste, le Magicien se fait le vecteur de l’énergie du plan sacré, qu’il appelle à venir agir sur le plan profane. La solennité du moment est marquée par la mise en scène et les différents éléments symboliques qui mettent en avant l’aspect rituel de la cérémonie. Les deux plans de l’existence se trouvent reliés par l’action du personnage.

Lame II. La Papesse - The High PriestessCertains archétypes ouvertement judéo-chrétiens dans le tarot de Marseille perdent cette identité dans le Waite, où ils deviennent universels ou prennent le statut de mythes. De ce point de vue, les modifications apportées aux arcanes II et V sont sans doute parmi les plus intéressantes – et les plus emblématiques – du Rider-Waite Smith tarot. La lame II du tarot de Marseille est la Papesse, en hommage à la supposée papesse Jeanne. Cette figure historico-légendaire aurait vécu au IXème siècle et aurait été élue pape en Avignon en dissimulant sa féminité. De même que la légende qui lui est attachée, l’existence de ce personnage fait débat chez les historiens et n’est pas attestée de façon unanime. C’est toutefois cette figure chrétienne qui a été retenue pour incarner la spiritualité, le savoir et la Connaissance dans le tarot de Marseille. La lame II présente donc la Papesse assise devant le voile de la Connaissance, coiffée de la tiare papale. Elle porte un manteau bleu en référence au culte marial et un livre ouvert – la Bible – est posé sur ses genoux. Dans la tradition Waite, on constate une continuité dans la dimension que prennent les archétypes puisque comme le Magicien, la figure représentée sur la lame II fait elle aussi référence au monde de la magie cérémonielle en prenant les traits de la Grande Prêtresse. Celle-ci est assise sur un siège de pierre entre les piliers du Temple de la Connaissance. Derrière elle, le Voile de la Connaissance, au-delà duquel nul ne peut aller puisqu’il garde la Connaissance et la Spiritualité et sépare le plan profane et le plan sacré. Les attributs portés par la Grande Prêtresse sont la coiffe d’Isis, qui la rattache directement au culte de cette déesse, observé par de nombreuses sociétés hermétiques et secrètes, une robe et un manteau bleus ainsi qu’une croix sur le plastron qui renvoient aux spiritualités chrétiennes, et la Torah, qui est une référence non seulement à la Connaissance universelle mais aussi au Judaïsme. Il est ainsi impossible d’associer la Grande Prêtresse à un seul et unique type de spiritualité car elle en devient le vaisseau universel. Voilà une nuance importante qu’il convient de prendre en compte lorsqu’on travaille avec un jeu de tradition Waite, car les deux figures sont très différentes dans la vision de la spiritualité qu’elles véhiculent : la Papesse fait nécessairement allusion à la spiritualité chrétienne tandis que la Grande Prêtresse est l’essence de la Spiritualité, sans la réduire à une tradition particulière.

Lame V. Le Pape - The HierophantOn retrouve quelque chose de similaire avec la lame V appelée le Pape dans le tarot de Marseille et l’Hiérophante dans le Rider-Waite Smith tarot. Comme pour la lame II, ce changement d’appellation implique de profondes différences dans ce que symbolisent les deux arcanes. Dans les deux cas, la lame montre un représentant de la religion, c’est-à-dire de la spiritualité telle qu’elle est perçue et appliquée par les hommes à l’aide de dogmes. Dans le cas du tarot de Marseille, on s’inscrit dans la continuité de ce qui a été établi avec la Papesse en montrant le Pape, qui n’est autre que son pendant masculin. Les lames II et V apparaissent donc comme complémentaires dans un monde d’identité judéo-chrétienne. Dans le Rider-Waite Smith tarot, on a affaire au même type de continuité en cela que l’Hiérophante est également le pendant masculin de la Grande Prêtresse, tant dans la place qu’il tient dans un rituel – qu’il dirige avec elle – que dans ce qu’il véhicule. Il est en effet lui aussi le représentant de la religion, non plus uniquement chrétienne comme la désigne le tarot de Marseille, mais universelle. L’Hiérophante est un maître de cérémonie, mais également un conseiller, un gardien de la morale et des dogmes, sans toutefois que ceux-ci soient identifiés comme appartenant à une religion particulière. Bien qu’il porte certains attributs tels qu’une tiare et des croix sur son manteau et ses pantoufles, il ne véhicule pas les idées chrétiennes en tant que telles.

Lame VI. L'Amoureux - The LoversSi l’on se penche sur la lame VI, il est fort intéressant de constater que c’est ici le glissement inverse qui se produit : d’une scène qui n’a – à première vue – rien de religieux dans le tarot de Marseille, on passe à une imagerie qui dépeint des personnages bibliques. Appelée l’Amoureux – mais originellement « Le Choix » – dans le tarot de Marseille, elle dépeint un jeune homme qui se tient entre deux femmes. Au-dessus de lui plane un chérubin qui, un arc et une flèche en main, ne sait dans quelle direction tirer. La raison de son hésitation est simple : le jeune homme ne sait qui choisir entre la jeune (et jolie) jeune femme et celle d’âge mûr. Le corps du damoiseau penche vers la plus jeune tandis que son visage est tourné vers la plus âgée, qui d’ailleurs le charme en posant la main sur son épaule. Selon les interprétations symboliques de cette scène, la jeune femme représente la vertu tandis que la plus âgée incarne le vice. C’est à ce niveau qu’il faut voir en filigrane une morale marquée par la culture judéo-chrétienne médiévale. Dans le Rider-Waite Smith tarot, on trouve « Les Amants » (The Lovers), qui ne sont autres… qu’Adam et Ève ! Voilà qui peut sembler curieux compte tenu de la prise de position de Waite, mais en réalité, ce qui apparaît comme étant une référence religieuse ne l’est pas : Adam et Ève, dont chacun se tient devant un arbre (un pommier autour duquel s’enroule le Serpent pour Ève et un arbre à flammes pour Adam), bénéficient de la protection de l’ange qui émerge du nuage qui flotte au-dessus d’eux. Ici, ce n’est pas la référence religieuse qu’il faut voir, mais plutôt ce couple en tant que couple primordial – et donc mythique – dans l’histoire de l’humanité. En utilisant cette image, Waite se concentre sur la portée mythique de ce couple archétypal, et non sur les conceptions religieuses qu’il pourrait véhiculer. Bien sûr, la signification de la carte s’en trouve altérée par rapport à celle qu’elle porte dans le tarot de Marseille car dans la tradition Waite, elle évoque bien les sentiments amoureux, qui se trouvent au second plan dans le tarot de Marseille.

Lame XIII. Arcane Sans Nom - DeathL’arcane XIII a lui aussi subi quelques transformations importantes d’une tradition à l’autre. Si dans le tarot de Marseille elle ne porte pas de nom et est connue en tant que l’« Arcane Sans Nom », elle s’appelle « La Mort » dans la tradition Waite. Visuellement, la lame est également très différente : le tarot de Marseille dépeint un squelette tenant une faux dans les mains qui, foulant un champ où gisent des morceaux humains (têtes, pieds, mains, os), rase tout ce qui se trouve sur son passage. Dans la tradition Rider-Waite Smith, un cavalier en armure avance au pas, panache flottant et fanion à la main. Le cavalier en question est un squelette, ce que l’on peut voir grâce à la visière de son casque relevée. Le fanion déploie une image de la rose mystique, symbole notamment de l’élévation spirituelle. Le fait que Waite décide de faire figurer un cavalier sur cette lame n’est pas anodin puisque le cheval est un animal psychopompe, c’est-à-dire capable de circuler entre le monde des vivants et celui des morts. Ceci accentue l’idée de passage et de transformation contenue dans cet arcane. La métamorphose dont il est question concerne tout le monde, comme en attestent les personnages qui se trouvent sur le chemin du cavalier. On y voit un roi tombé à terre dont la couronne a roulé sur le sol, un enfant et une femme à genoux (celle-ci détourne le regard) et un pape, qui joint les mains pour implorer la merci du squelette. Nul n’est épargné, quel que soit son âge, son sexe ou son statut social. Au loin apparaissent également les piliers du Temple que l’on a déjà observés au sujet de la Grande Prêtresse. Le cours d’eau qui se déroule à l’arrière-plan mène vers le Temple et passe entre ses piliers, derrière lesquels on aperçoit le soleil, qui rappelle l’éternel renouveau du cycle de la vie, dont la mort fait partie. On a donc à travers cette lame une vision mystique de la mort, où l’accent est mis sur l’évolution de l’esprit, la transformation et l’inévitabilité des changements d’état.

Lame XIX. Le Soleil - The SunLe Soleil subit également un traitement différent dans les deux traditions. Dans le tarot de Marseille, on y voit deux jeunes garçons – des jumeaux – jouant devant un mur au-dessus duquel trône le Soleil qui diffuse ses énergies positives, apportant joie et chaleur autour de lui. Dans le Waite, l’enfance est aussi représentée, mais à travers un jeune garçon monté sur un cheval blanc. La joie se lit sur le visage du garçonnet, qui tend les bras pour accueillir la chaleur que diffuse l’imposant soleil qui habite le ciel. Derrière le mur qui se trouve en arrière-plan poussent des tournesols, que l’on retrouve d’ailleurs dans la couronne qui coiffe l’enfant.

 

Comme le montrent ces éléments, le terme « tarot » ne désigne pas uniquement le tarot de Marseille, mais bien un type d’outil divinatoire. En effet, il existe plusieurs sortes de tarots, dont deux ont été effleurées ici. Si le tarot de Marseille reste le plus – consciemment – connu en France, il n’est cependant pas le plus répandu puisque la plupart des jeux créés de nos jours appartiennent à la tradition Waite. Ce fait reste cependant peu connu du public, notamment en raison du manque de cohérence entre les cartes et leurs appellations dans les traductions françaises qui en sont faites. En effet, les éditeurs ne tiennent pas compte des particularités de cette tradition, ce qui mène souvent à une grande confusion de la part des utilisateurs, qui vont parfois jusqu’à penser que leur jeu est erroné.

Je n’ai repris ici que les principales différences qui permettent d’identifier l’une et l’autre tradition afin d’aider le lecteur dans sa démarche et dans son choix de support. Il sera ainsi plus libre quant aux multiples jeux qu’il trouvera sur le marché, car l’un des traits distinctifs de la tradition Waite étant de présenter un jeu totalement illustré, les réécritures possibles sont infinies en termes d’esthétique et de thématique, ce que de nombreux artistes et créateurs ont exploité avec succès. On trouvera alors des jeux abordant des thématiques mythologiques, culturelles, littéraires, ou encore mettant en scène des animaux, tout en reprenant le langage symbolique de lu Waite d’origine pour le réinterpréter visuellement et l’intégrer à l’univers dans lequel ils placent leur approche du jeu. De cette manière, apprendre à se servir du jeu original ouvre une infinité de possibilités quant à l’utilisation de jeux thématiques ou artistiques par la suite !

 

En résumé

PRINCIPALES DISTINCTIONS ENTRE UN TAROT DE MARSEILLE ET UN WAITE

Tarot de Marseille

Rider-Waite Smith Tarot 

  •  Justice en VIII, Force en XI ;
  • Force en VIII, Justice en XI ; 
  • présence d'archétypes religieux (Papesse, Pape, etc.) ;
  • absence d'archétypes religieux (ils deviennent des figures areligieuses) ; 
  • la lame I représente un Jongleur et s'appelle le Bateleur ; 
  • la lame I s'appelle le Magicien et représente un homme en train d'effectuer un rituel de magie cérémonielle ; 
  • la lame VI s'appelle l'Amoureux et présente un damoiseau hésitant entre deux femmes ; 
  • la lame VI s'appelle les Amants (the Lovers) et dépeint un couple amoureux ;
  • la lame XIII n'est pas nommée et est traditionnellement appelée « Arcane Sans Nom » ; 
  • la lame XIII est nommée et s'appelle « la Mort » ; 
  • le Soleil (lame XIX) dépeint deux jeunes garçons ; 
  • le Soleil (lame XIX) montre un enfant monté sur un cheval blanc ; 
  • les arcanes mineurs, exceptés ceux de la cour royale, ne sont pas illustrés et dépeignent uniquement le nombre de Bâtons, Coupes, Épées et Deniers de la lame.
  • la totalité des arcanes mineurs, y compris les numéraires, est illustrée par des saynètes représentant symboliquement les significations de chaque lame. 

 

Note : les images des cartes du Rider-Waite Smith Tarot apparaissent ici avec l'aimable permission de U.S. Games Systems, Inc. / All pictures from the Rider-Waite Smith Tarot are used with permission of U.S. Games Systems, Inc.

 

 

(© Morrigann Moonshadow, le 31 décembre 2014. Reproduction partielle ou totale strictement interdite.)

Bloqué(e) face à un tirage? Pas de panique!

Article rédigé par mes soins. Reproduction interdite.

 

Lorsqu'on lit les cartes, il arrive parfois que l'on se retrouve face à un tirage que l'on ne parvient pas à déchiffrer. Ceci peut être dû à une méconnaissance de son support, certes, mais que l'on se rassure : cela arrive même aux cartomanciens les plus aguerris ! Les raisons sont multiples : esprit non disponible ou préoccupé par autre chose, fatigue intense (physique ou morale), cartes qui en apparence n'ont rien à voir les unes avec les autres ou qui ne semblent pas répondre à la question posée (ou ne reflètent pas la situation explorée), etc. Bien sûr, lorsque cela se produit, ranger ses cartes et faire de nouveau le tirage à un moment plus propice peut évidemment être une solution, mais il existe quelques techniques simples qui permettent de sortir de ce type de difficultés. En voici quelques-unes que vous pourrez tester, combiner et adapter à vos besoins !

 

L'analyse préliminaire
S'il y a une étape à ne jamais négliger dans l'analyse d'un tirage, c'est bien l'analyse préliminaire ! Elle consiste en l'observation minutieuse des cartes présentes dans le tirage, sans pour autant les interpréter. Elle permet notamment de cibler les grandes forces en présence et de voir quelles sont celles qui dominent le tirage et pèsent sur la situation à explorer ou sur la question posée. On peut aussi y déceler celles qui sont totalement absentes, ce qui peut être tout aussi révélateur. Par exemple, si l'on utilise un tarot, il est important de bien en connaître la structure et de bien saisir quels types d'énergies sont attachées aux lames majeures, aux Bâtons, aux Coupes, aux Épées et aux Pentacles. Si l'une ou plusieurs d'entre elles domine(nt) le tirage, alors elle(s) révèle(nt) l'atmosphère qui plane au-dessus de la situation et qui l'influence. Une absence totale ou une faiblesse particulière peut également être porteuse de sens, en cela qu'elle peut dénoter d'un manque, d'une lacune ou d'un déséquilibre qui influe sur la situation. Avec le tarot, il faut également veiller à prendre en compte le nombre de lames droites et de lames renversées. En fonction du sens qui domine, on obtient des informations supplémentaires sur la manière dont les choses se profilent et vont évoluer.

L'Oracle Belline offre également la possibilité de faire ce type d'analyse grâce à sa structure qui le divise en différentes parties dont chacune est régie par une planète astrologique. On regarde alors quelles sont les planètes en présence et l'on détermine lesquelles dominent, sans oublier de tenir compte également des grandes absentes.

Comme on peut le voir, l'analyse préliminaire est une sorte d'aperçu panoramique du tirage et de ce qui attend le consultant. Elle apporte de précieux éléments et permet une première approche du tirage. C'est en quelque sorte un moyen de « débroussailler » l'ensemble et d'entrer dans le tirage avec quelques éléments que l'on gardera à l'esprit au cours de l'interprétation. Cette étape, qui se fait avant toute autre chose, peut sembler laborieuse au départ. Pourtant, elle est assez rapide à effectuer avec un peu d'habitude, et les quelques minutes passées à observer attentivement la structure du tirage obtenu se révèlent d'une grande aide pour la suite. Y revenir lorsqu'on ne parvient pas à déchiffrer un tirage peut aider à débloquer l'analyse.

 

Vérifier que les lames tirées fournissent suffisamment d'informations
Aussi surprenant que cela puisse paraître, il arrive dans certains cas et selon les contextes que les cartes ne donnent que des informations incomplètes (ou qu'elles délivrent des messages figuratifs). Selon les supports, on se rendra compte que certaines cartes nécessitent souvent des précisions supplémentaires. Lorsque c'est le cas, il faut apporter un complément d'information qui enrichira la lecture. Pour ce faire, il est recommandé de couvrir la carte jugée « muette » ou « trop peu bavarde ». On prend alors une carte supplémentaire dans l'éventail qui se trouve devant soi et on la positionne sur la carte originelle. La carte ainsi tirée vient compléter et qualifier la première. Les deux sont alors lues ensemble. La première reste la plus « forte » puisqu'elle correspond au tirage originel tandis que la seconde la précise.

N.B. : couvrir n'est réellement utile que si la première carte ne donne pas suffisamment d'informations. Avant de couvrir, il faut bien s'assurer que tel est bien le cas et qu'il ne s'agit pas d'un simple défaut de compréhension de la part de l'interprète. En effet, ajouter une difficulté supplémentaire à une difficulté déjà existante ne permet en aucune façon d'y voir plus clair, bien au contraire ! Au début, il est difficile de faire la différence entre manque d'informations et défaut de compréhension, mais avec l'habitude et une bonne connaissance de son support, on y parvient !

 

Laisser « reposer » son tirage quelque temps et y revenir un peu plus tard
Voilà qui mène souvent à y voir plus clair ! Il arrive que l'on manque de recul au moment du tirage, ce qui empêche de faire sens avec les cartes tirées. Laisser le tirage de côté le temps de se changer les idées permet d'avoir un regard neuf quand on y revient, et très souvent de mieux le comprendre. Bien sûr, pour ne pas « fausser » le tirage, il faut d'abord s'assurer que les cartes sorties sont toutes porteuses d'informations suffisantes à la compréhension ! En effet, il est hors de question de laisser de côté un tirage « incomplet » et de le couvrir plusieurs heures, voire quelques jours après, car l'énergie qui était en présence au moment du tirage et celle que l'on a insufflée à celui-ci sont alors perdues...

 

Utiliser un ou plusieurs autre(s) jeu(x) pour ouvrir les perspectives
Cette technique ludique et surprenante permet souvent de « débloquer » la situation lorsqu'on se trouve face à un tirage que l'on ne comprend pas. Elle consiste à prendre un autre jeu de la même tradition que celle de celui que l'on a utilisé au départ et de couvrir le tirage problématique avec les mêmes cartes que l'on prend dans le deuxième jeu. Par exemple, si le Cinq d'Épées pose problème dans le tirage originel, on va chercher le Cinq d'Épées dans le deuxième jeu puis on le place à côté (à la droite) du premier. En procédant ainsi, on enrichit le tirage de départ de la symbolique d'un jeu supplémentaire, qui vient alors compléter les informations fournies par le premier.

Ici, il est important d'opter pour un jeu qui appartienne à la même tradition que le premier. Ainsi, un tarot de tradition Rider-Waite Smith sera nécessairement doublé d'un autre Waite, un tarot de type Marseille d'un autre tarot de type Marseille, etc. Cet aspect est très important car il s'agit de comparer plusieurs traitements d'un même langage symbolique, de la même manière que l'on traduirait un texte dans une autre langue, car les cartes sont composées d'éléments de langage : la signification est la même, mais la manière de l'exprimer diffère et les propos sont nuancés.

Cette technique conviendra particulièrement bien aux collectionneurs qui, par définition, ont plus d'un jeu dans leur tiroir ! Selon l'envie, on pourra choisir de doubler le premier jeu d'un autre qui exploite le même type d'univers, ou au contraire de le compléter par un jeu traitant d'une thématique totalement différente. Par exemple, si l'on couvre un jeu à thématique féerique par un autre jeu s'inscrivant dans la même thématique, on reste dans le même univers mais on en compare deux traitements différents. On aura alors un point de vue complémentaire sur le tirage, qui s'exprimera au moyen d'images qui utiliseront un système symbolique proche de celui de premier jeu, y compris en termes de façon de concevoir le Monde. En revanche, si l'on a opté pour un jeu (par exemple) à thématique mythologique, il sera très intéressant de changer le point de vue du tirage en le couvrant par un autre jeu à thématique mythologique, mais qui fera référence à un autre système mythologique. Le but n'est pas de trouver des équivalences strictes mais d'observer les différentes visions du Monde véhiculées par les jeux utilisés et de voir en quoi chacune vient enrichir la lecture.

Il est également tout à fait possible d'utiliser des jeux qui n'ont rien à voir en termes de thématique. Ils ne feront qu'amplifier les différents points de vue qui peuvent s'exprimer au sein d'une même tradition cartomantique.

Bien sûr, cette technique est applicable a priori à tous les supports du moment qu'ils bénéficient de plusieurs versions. Par exemple, on peut comparer les versions du Petit Lenormand, celles de l'Oracle Belline ou du Rider-Waite Smith tarot, car chacune présente des particularités qui lui sont propres. Ce type de procédé sera plus ardu avec le tarot de Marseille, qui apparaît comme étant un support plus « fixe » dont les réécritures et les réinterprétations sont plus rares. Elles existent, mais en nombre plus réduit que pour le Waite. Il faut donc se montrer attentif si l'on souhaite utiliser cette technique avec cette tradition.

 

Les astuces présentées ici sont d'une efficacité redoutable et permettent de venir à bout de n'importe quel blocage. Pour se faire une idée de celle(s) qui fonctionne(nt) le mieux pour soi-même, rien de mieux que de les tester. Avec la pratique, on se rendra compte que certaines nous conviennent mieux que d'autres, ou encore que certaines sont plus ou moins appropriées selon le support que l'on utilise.

 

 

(© Morrigann Moonshadow, le 30 septembre 2014. Reproduction partielle ou totale strictement interdite.)

Les enfants et les cartes: comment répondre à leurs questions?

Article rédigé par mes soins. Reproduction interdite.

 

Faut-il ou non répondre aux interrogations des enfants lorsqu'ils se montrent curieux de savoir à quoi servent les cartes que nous utilisons ? Voilà une question qui fait débat en matière de cartomancie, car elle ne laisse personne indifférent ! Dès lors qu'elle est posée, impossible de l'ignorer. Plusieurs options s'offrent alors : soit on indique que ce sont « des choses de grandes personnes » et que « les cartes, ce n'est pas pour les enfants », soit on essaie de répondre en expliquant brièvement à l'enfant en quoi cela consiste. Quelle solution choisir ?

En premier lieu, il faut tenir compte d'un point essentiel : en posant des questions, l'enfant fait preuve de curiosité et d'un intérêt certain potentiel pour la discipline. S'il est impossible d'affirmer où cette curiosité le mènera, il n'est pas acquis pour autant qu'il souhaitera pratiquer par la suite... tout comme il n'est pas dit qu'il ne voudra pas approfondir ! La curiosité – bien placée ! – est un gage d'esprit, et il serait dommage de frustrer un enfant qui s'interroge ! Si la curiosité est forte, cela ne ferait que le pousser à aller chercher des réponses par lui-même, et qui sait ce qu'il pourrait trouver ou ce qu'on pourrait lui dire... Ne pas répondre à ses questions peut l'exposer à certaines formes de dangers ou développer des superstitions. Et ceci n'est, bien sûr, pas une approche saine des choses.

Ne vaut-il pas mieux qu'il découvre les choses dans un cadre sécurisé et sécurisant, au fur et à mesure de l'évolution de son intérêt pour les cartes ? Par ailleurs, lui répondre simplement que « ces choses-là ne sont pas pour [lui] » aura au final un effet inverse à celui recherché : au lieu de le « protéger » – de quoi, d'ailleurs ? –, on va créer en lui des craintes voire des peurs plus tenaces qu'on ne l'imagine, car ce qui n'est « pas pour les enfants » est nécessairement dangereux, répréhensible ou choquant. Or, telle est l'image de la cartomancie que l'enfant risque de se construire... et ce n'est pas le but de la manœuvre !

 

Lorsqu'un enfant me pose des questions sur mes cartes, j'y réponds le plus honnêtement possible en donnant des explications simples... mais pas simplistes ! Très souvent, les enfants demandent d'abord si ce sont des cartes « pour jouer », car ils les trouvent belles et sont attirés par les « jolis dessins » qu'ils y voient. Je leur explique alors que ces cartes-ci ne servent pas à jouer, mais plutôt à montrer à celui qui les consulte l'histoire de sa vie ou d'une partie de sa vie. Je leur montre quelques cartes pour leur faire comprendre de quelle manière elles reflètent les événements de la vie. Immanquablement, je suis épatée par la justesse de leurs remarques ! En leur demandant de me décrire la carte et de me dire ce qui arrive au personnage, je m'aperçois à chaque fois qu'ils en saisissent sans trop d'efforts les significations et implications. Au fil des lames, je fais en sorte qu'ils participent à la reconstitution de l'histoire qui se dessine sous leurs yeux.

Les enfants ont une facilité naturelle à faire la relation entre une illustration et les messages qu'elle véhicule car ils sont habitués aux livres d'images. Ce type de métaphore permet donc de rattacher les cartes divinatoires à quelque chose qui leur est déjà familier.

Ensuite, il n'y a qu'un pas à faire pour leur expliquer de quelle manière un jeu de cartes peut raconter l'histoire de chacun. Ainsi, l'enfant comprend les grands principes de la cartomancie de façon rationnelle, sans qu'il y ait besoin d'avoir recours à des effets de manche douteux. Les enfants sont un public jeune, certes, mais surtout très exigeant. Aussi, il est inutile de leur mentir ou de détourner leur attention, car cela ne ferait qu'entacher la confiance qu'ils peuvent avoir en les adultes. À mon sens, il est donc important de répondre à leurs questions autant que faire se peut.

Il est possible que leur intérêt ne soit que ponctuel et passager, tout comme il se pourrait qu'il soit le début d'une grande passion. Dans les deux cas, ils finiront par confronter les informations obtenues dès leur plus jeune âge à celles qu'ils trouveront ailleurs plus tard. Bien encadrés, ils seront un minimum armés pour faire la différence entre les informations fiables et celles qui ne le sont pas. Mal informés, ils seront en proie à toutes les superstitions et aux charlatans, incapables de se montrer critiques par rapport à ce qu'ils entendront ou liront.

 

Chaque fois qu'un enfant me pose des questions sur mes cartes, j'y réponds donc, en essayant de rattacher mes pratiques à des choses qu'il connaît déjà. Si possible, je lui montre un jeu qui exploite l'univers des contes de fées pour illustrer mon propos, car il connaître à coup sûr quelques-unes des histoires auxquelles il est fait allusion et pourra ainsi mieux établir les connexions entre la carte et ses significations.

Bien sûr, je ne suis pas en train de dire qu'il faille automatiquement enseigner à un jeune enfant comment se servir des cartes ! Je garde néanmoins en tête le fait que j'ai moi-même commencé assez tôt et que cela m'a certainement beaucoup aidée à assimiler le langage des cartes de façon naturelle et à l'intégrer. Aussi, si un enfant manifeste une attirance très prononcée pour cette discipline, alors il est toujours possible de l'y initier sous forme de jeu. Ensuite, si l'intérêt persiste, on peut très progressivement commencer à approfondir les choses à mesure que l'enfant grandit. Cela dit, il est indispensable de veiller à bien encadrer les pratiques en associant à l'aspect technique les considérations éthiques qui s'imposent !

 

 

(© Morrigann Moonshadow, le 24 novembre 2013. Reproduction partielle ou totale strictement interdite.)